Parution Avril 2007


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Jean-Loup Trassard
Conversation
avec le taupier


Récit
2007. 160 p. 14/19.
ISBN 978.2.86853.483.5

20,00 €

Le livre

Le taupier louait ses services dans les fermes et travaillait entre le ciel d’hiver et la terre souvent boueuse à délivrer des taupes le terrain agricole. Jean-Loup Trassard a longuement interrogé celui qu’il connaissait depuis l’enfance.
Ce solitaire, tant démuni, est plus misérable sans doute qu’un domestique agricole mais plus libre. Pourtant, la bouche pleine d’un silence terreux, il s’empêche de dire à table ce qu’il a vu dans la campagne. Il ne peut parler que du temps, des péripéties du métier.
Au récit que fait l’homme de son existence, de ses moyens pour prendre les taupes, de sa quotidienne pensée pour les deviner en leurs galeries (est-ce avec les taupes encore qu’il joue aux cartes le soir ?), l’auteur noue ses propres images. Surgissent alors, furtifs, cernés de haies touffues, quelques caractères paysans, des éclats de voix saisis à travers le bois épais des portes, l’austère vie des fermes, inchangée depuis des temps immémoriaux, désormais presque disparue.


L’auteur

Jean-Loup Trassard est né à la campagne, l'été 1933. Il publie pour la première fois dans la N.R.F. en 1960 puis, à partir de l'année suivante, plusieurs récits chez Gallimard. De lui, nous avons publié dans notre série «Textes & Photographies» Territoire (1989), Images de la terre russe (1990), Ouailles (1991), Archéologie des feux (1993), Inventaire des outils à main dans une ferme (1981 & 1995), Objets de grande utilité (1995), Les derniers paysans (2000), La composition du jardin (2003), Nuisibles (2005), Le voyageur à l’échelle (2006) ainsi que quelques livres de prose : Caloge (1991), Traquet motteux (1994) et L’amitié des abeilles (rééd. 2007). Après Dormance en 2000, il a fait paraître en 2004 chez Gallimard La déménagerie.



Extrait

Le seul à écouter les taupes. Elles sont en dessous, on ne les voit pas. Il dit qu’elles marchent quand elles creusent des couloirs, plutôt nagent dans la terre, petites mains roses écartées. On voit le tas où elles montent la terre, par la couleur on sait à peu près combien de temps. Parfois jusque devant les marches de la maison, coup de pied dedans pour égailler. Lui n’entre pas au jardin des fermes, son domaine : la courbure de la -commune. Ou alors il attend qu’on lui demande, j’en ai une là, si tu pouvais la prendre.

— Chacun savait un peu quand même…
— Plus ou moins, oui, le monde s’en occupait parce qu’on ne pouvait plus faucher. Je me souviens, tandis que j’étais chez mes parents, à La Rouaberie, trois sœurs plus vieilles que moi, mon frère plus vieux aussi, ça nous faisait cinq et le père avec nous, six. Six à égailler les taupinières dans la prée qui est au bout du chemin. On a travaillé tout une après-midi, mais on en a laissé presque autant comme on en avait égaillé, les taupinières se touchaient bientôt. Va faucher là-dedans ! Les scies faisaient deux ou trois tours, c’était fini, les juments n’en voulaient plus, ça arrachait au lieu de couper, et encore si ça ne cassait pas, souvent une petite pierre bloquait la scie, une dent sautait.

Trop de terre sous la terre, pour ouvrir des couloirs elles doivent en pousser dehors. Sur une prairie broutée personne n’aime voir des taupinières, guère plus que des parelles, oseilles à grosse feuilles que refusent les bêtes. C’est comme une négligence. Mais le foin — herbe montée en graine, mariée aux trèfles, boutons d’or et pâquerettes — le foin cache leur ouvrage où la luisante mécanique lame s’use, s’enraye.

— Si ç’avait été comme maintenant, les gens qui passent une herse ou un bandage de roue traîné à plat, il y aurait eu du terreau partout. Autrefois on mettait du terreau pour graisser l’herbe, là, rien qu’avec les taupinières, l’herbe aurait été toute cachée !

La boue molle des fonds de chemins creux ou le curage de la cour ou de la mare, étaient portés, tombereau dégoulinant, sur une prairie. On mettait de la terre sur la terre et rien n’était perdu.

— Maintenant y en a beaucoup moins.
— C’est vous qui les avez prises…
— Dame, celles qui sont prises ne peuplent pas.
— Les gens disaient : il laisse les mères…
— Ah, il aurait fallu les connaître à la passée ! Avec ça le soleil, l’année dernière, en a vantié pris pu qu’ma !

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