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Ceci n'est pas un blog.
Ici, de temps à autre, l'éditeur se permettra de donner des nouvelles de son activité, de ses auteurs, de ses livres; mais aussi des indications de lectures et quelques avis personnels (sur le métier et ses à-côtés: rien qui excède ses compétences, bien entendu).
Ses billets seront datés, pas nécessairement archivés. On ne pourra les commenter ou y répondre que par mail sur tqf@wanadoo.fr.

Soucis de riches

La «rentrée littéraire» de cette année ne fut guère plus surprenante que les précédentes. Au feuilleton Angot a succédé le feuilleton Millet, ou l’inverse, micro-scandales qui ont éclipsé l’interminable feuilleton du rachat de Flammarion par Gallimard. Les mêmes noms sont apparus en haut des listes de bonnes ventes, à très peu près, et les nouveaux venus prennent en douceur une place qui leur semblait réservée d’avance sans qu'on réalise vraiment qui est mort ou parti à la retraite. Comme chaque année ce petit jeu fait figure d’événement tandis que, plus lentement et secrètement, le monde du livre se prépare à des bouleversements profonds dont seuls les plus puissants acteurs tireront bénéfice. Les pouvoirs publics semblent accompagner le mouvement, les budgets baissent ou se déplacent vers un hypothétique et radieux avenir numérique. Des librairies ferment (salut à Gérard Lambert), des éditeurs s’accrochent à leur impossible mission et nombre d’auteurs expérimentent les diverses formes de publication sur le net. Certains professionnels ne s’avouent pas vaincus, cependant, bien que refusant d’être complices. À tout le moins, ils regimbent : voir l'appel des 451 ou le très bon pamplet de Dominique Mazuet, Correspondance avec la classe dirigeante sur la destruction du livre et de ses métiers (Éditions Delga).
La crise !, nous dira-t-on. Comme si l’économique était l’alpha et l’omega de toute destinée humaine et la littérature une activité comme les autres : un moyen de gagner sa vie pour les uns, un objet de consommation pour les autres. Comme si toute valeur n’était mesurable qu’à l’aune du marché et l’utilité des livres réductible à leur réussite commerciale.
Nous ne savons pas précisément pour qui nous travaillons, nous ne connaissons pas les attentes de nos lecteurs et c’est, pour une part, la noblesse de notre métier. Nous sommes capables de fabriquer des livres toujours moins chers et nous mettons toute notre énergie au service de textes réellement travaillés et choisis pour leurs qualités. Mais nous dépendons, pour nous aider à les financer de fonds publics, pour les faire connaître de médiateurs curieux et disponibles, pour les vendre de circuits de distributions ni trop compliqués ni trop onéreux. Toutes choses qui viennent à manquer, hélas.
Nous devrons renouer avec des méthodes simples et bien connues (non pas, comme nous susurre la voix des sirènes, inventer de «nouvelles pratiques» ou découvrir un «nouveau modèle économique»). Il nous faudra, pour survivre, revenir au bon commerce dont les livres sont la plus parfaite expression.
À l’heure où une partie grandissante de la population mondiale (qui menace, paraît-il, la civilisation occidentale) n’a accès qu’à un seul livre, il serait particulièrement indécent d’en venir à oublier que la libre disposition de l’infinité des livres est une richesse irremplaçable.


G.M. (2 octobre 2012)

François Dilasser

Notre ami François Dilasser est mort le 16 septembre dernier à l’âge de 86 ans. Ce peintre trop discret a bâti une œuvre singulière, empreinte d’un certain «pri-mitivisme» a-t-on pu dire, qui a la rare qualité de nous être tout ensemble familière et déroutante.
J’ai eu le privilège de publier des livres de lui, avec lui, sur lui dont, récemment La passe dans lequel son épouse Antoinette fait le récit déchirant de la fin de sa vie. Et où elle écrit : «Pour toi triste ou gai ça ne veut rien dire. La mort fait partie de la vie, nos histoires font partie de la vie et de la mort, ta peinture fait partie de la vie et de la mort. La mort, la regarder en face, c’était par le biais de cette sorte de rire, quelqu’un disait : à ceci près qu’on en rit.

G.M. (20 septembre 2012)