Parution Novembre 2018


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Michel Monory &
Michel Arbatz
C’est le cœur qui est grec


Une correspondance

Préface de Juliette Simont

2018. 304 p. 14/19.
ISBN 978.2.86853.651.8

25,00 €

Le livre

En 1964-65 Michel Arbatz, alors lycéen, a pour professeur de lettres et de latin Michel Monory, ami de jeunesse de Jacques Derrida et agrégé de Lettres, de vingt ans son aîné. Le second communique au premier son amour de la poésie et du théâtre. Un lien presque filial s’établit entre le maître et l’élève, pour qui cette influence décidera d’un trajet d’artiste. Tous deux se perdent de vue en 1967. Michel Monory part pour l’institut français d’Athènes, traverse en brillant humaniste les sept ans de la dictature des colonels. Il sera nommé ensuite attaché culturel à Turin, puis à Londres, où il ne cesse de diffuser le meilleur du théâtre et de la littérature. Michel Arbatz s’engage dans la mouvance gauchiste, devient ouvrier volontaire (établi) plusieurs années, avant de renouer à travers la chanson avec l’écriture et le théâtre.
Ils se retrouvent après s’être cherchés en vain pendant quarante ans. Arbatz invite alors Monory à un échange par lettres, où l’un et l’autre se raconteraient les années vécues dans la distance et le silence, mais dans un même amour des lieux et des hommes. Il en sort cette alerte correspondance entre deux générations également éprises de poésie, d’idées et d’art, dont les souvenirs s’étagent de la guerre d’Algérie aux années 2000. Ce sont deux parcours de vie peuplés de personnages hors du commun (anonymes ou fameux), riches d’expériences et de rencontres passionnantes dont l’émotion demeure intacte.

Les auteurs

Michel Monory (1930-2014), après la guerre d’Algérie où il est mobilisé, et qui l’a profondément ébranlé, enseigne d’abord en province (Quimper, puis Orléans). Il arrive trentenaire à Paris où il est nommé au Lycée de la porte de Vanves, annexe de Buffon à l’époque. Il y crée un groupe de théâtre qui enthousiasme ses élèves.
Michel Arbatz, né en 1949 à Paris, vit à Montpellier. Artiste de scène, il a réalisé de très nombreux spectacles et albums de chansons, et mis en musique Desnos et Dubillard. Il a composé pour le cinéma et le théâtre (Lounguine, Gatti). Il est l’auteur, entre autres, à nos éditions de Le maître de l’oubli (2008), Z (nativité) (2010), Hourrah l’Oral ! (2014), Je connais que pauvres et riches, Le Testament Villon (2016) et Le moulin du parolier (2017).
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Extrait de la préface

The child is father for the man, ce vers de William Wordsworth, que cite Michel Monory, pourrait servir d’exergue à cette adresse mutuelle de séquences autobiographiques vagabondes, qui est comme un roman de la transmission. Après les années révolutionnaires, certains reprirent le chemin des études, s’insérèrent dans des institutions ou prirent quelque métier, bref, grandirent. Michel Arbatz, lui, s’employa, de façon à la fois erratique et très sûre, à devenir le fils de l’enfant qu’il avait été. Le viatique littéraire acquis au lycée, l’amour de la musique transmis par les parents, voilà l’eau souterraine à laquelle il fallait redonner passage en faisant craquer les dure écailles de la carapace militante, voilà la source et la ressource à travailler, à s’approprier, à approfondir, à réinventer, pour retrouver le chemin du spectacle vivant, la joie de l’adolescent jouant Harpagon. Naissent un style et un artiste, auquel l’ex-professeur s’ouvre avec émerveillement. Car c’est cela aussi, the child is father for the man : l’enseignant apprend de ceux qu’il forme. On le voit, en fin de carrière, à nouveau professeur, s’initier à la poésie soufi par et pour un élève qui lui est aussi cher que cet Arbatz retrouvé.
Et j’y reviens pour finir : qu’est-ce qui, dans ce trésor, est pour nous mis à l’abri ? Ici chacun fera son miel, mais voici le mien, ou une part du mien.
D’abord, la perfection de la relation pédagogique. Au lieu de gamberger sur les rythmes scolaires, de supprimer l’enseignement du latin pour s’adapter au monde tel qu’il va, si l’on veut récupérer les territoires perdus de la République, il serait sans doute bon de réfléchir sur ce professeur qui n’hésite pas à aller, dans les quartiers de Massy, aider Amir ou Malik à faire leurs devoirs.
Ensuite, une certaine idée de l’Europe, bien salutaire aujourd’hui. En suivant Michel Monory à Athènes, à Turin, à Londres, nous revient, irrépressible, cette exclamation de Stefan Zweig, dans Le Monde d’hier : «Comme nous aimions l’Europe !»… La Grèce alors ne se réduisait pas à sa dette, c’est nous, au contraire, qui avions à son égard une incommensurable dette de civilisation, le cœur de Londres n’était pas la City, Turin était une ville hantée de Nietzsche et de Pavese; les langues, les paysages, les différences, les coutumes, les Lettres rivalisaient de richesse, s’ouvraient les uns aux autres et se renforçaient de leur relation.
Une mémoire, aussi, la profondeur historique longue, l’évidence que sans passé il n’y a pas d’avenir, et certaines péripéties majeures de la seconde moitié du XXe siècle, restituées avec la générosité et l’élégance dans la compréhension que permet la culture véritable.
Enfin, surtout, partout, à la fois altière et familière, la grande présence de la littérature, toujours entendue comme lien entre les hommes et entre les siècles. Cette présence, ce lien, le futur artiste les avait appris au cours de Michel Monory, à travers l’insolite présent de ce vers de Villon que nous avons le tort de ne plus écouter à force de l’avoir trop entendu :
Frères humains qui après nous vivez
Autres titres du même auteur :

Le maître de l’oubli
Z (Nativité)
Hourrah l'Oral !
Je connais que pauvres et riches
Le moulin du parolier