Parution Mai 2018


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Cécile Reims
Bagages perdus


2018. 296 p. 14/19.
ISBN 978.2.86853.632.7

24,00 €

Le livre

«Car ce que je ne sais comment nommer, qui n’est ni une histologie de l’âme, ni une autobiographie, ni un récit; qui n’a pas de Nom et n’en réclame point, pourrait aussi se lire en commençant par la fin qui, sans la moindre intention, sans même que le souvenir du début ne l’influençât — si ce n’est par réminiscence — le rejoint : bouclant la boucle en un mouvement indéfiniment orbital…»
Ce livre presque inédit (puisqu’il a paru une première fois sans être jamais diffusé) est le début de l’entreprise autobiographique que Cécile Reims poursuit en marge de son travail de graveur depuis plus de trente années. Tout s’y trouve déjà de sa méthode d’exploration : interrogation des rêves et de la solitude, observation de l’acte créateur et de la vie quotidienne, remémoration du douloureux passé et questionnement sans fin de la mort initiale… Et le silencieux dialogue avec le compagnon de tous les instants.
«Je porte le deuil de mes pertes» pourrait être le résumé de ces pages obstinées — à moins que ce soit «Que ma joie demeure».


L’auteur

Née en 1927, Cécile Reims arrive en France en 1933 après avoir vécu sa petite enfance en Lituanie, dans une famille juive traditionnelle. Peu après la Libération, elle s’engage dans l’armée clandestine juive et se rend en Palestine. Elle reviendra en France pour se soigner de la tuberculose. Elle rencontre Fred Deux en 1951. Initiée à la gravure au burin par Joseph Hecht, elle produit, entre 1950 et 1960, une soixantaine d’œuvres originales avant de faire la rencontre d’Hans Bellmer dont elle sera le graveur-interprète de 1967 à 1975, et après la mort duquel elle alternera les gravures d’interprétation ( Fred Deux et Léonor Fini ) et les œuvres personnelles. Outre plusieurs ouvrages consacrés à cet aspect de son travail, on lui doit quatre autres livres : L’épure (1963, rééd. André Dimanche, 2000), Bagages perdus (id, 1986), Plus tard (id. 2002), Peut-être (Le temps qu’il fait, 2010), Tout ça n’a pas d’importance (id., 2014) et L'embouchure du temps (id., 2017).


Extrait

L’air était si limpide que — sans hésitation — j’abandonnai cette place; cette plage, cette page que je n’aurais aucune peine à retrouver le lendemain. Mais dans la nuit le vent a tourné, entraînant vers la Marche et le Boischaut l’orage qu’il en écartait hier. Un orage violent qui a arraché quelques ardoises au toit, abattu l’un des pommiers qui ne donnait plus que quelques rares fruits talés, mais qui, en abondance et longuement, produisit du temps qui notait pas le mien; il gît dans l’allée. Demain, il sera débité, n’opposant aux glapissements triomphants de la tronçonneuse qui m’échorche, que le chuintement de l’aubier tendre et vieillissant. La cour s’est creusée dernières. Les fosses sont inondées. La foudre est tombée, nous privant d’électricité, d’eau courante, de téléphone. Elle a coupé les branchements; et mes branchements. Plus rien ne fonctionne, je suis immobilisée. Le filet d’eau qui restait dans les tuyaux s’épuise. Je n’ai rien à dire ? De singulier, de spécifique ? Qui ne fut pas du déjà dit que j’aurais accommodé, assimilé et restitué ? Et quand bien même !
Fleuve obstrué; berge submergée, route disparue. J’aurais dû…; je n’aurais pas dû… Aujourd’hui les mots ne fonctionnent plus; ou j’en ai perdu l’usage. Ils sonnent creux. De la pacotille, du clinquant. Vaine parure. Parure de vanité : fond de teint que la pluie a délavé. Mon visage mis à nu se reflète dans la flaque de la page vide.
Vu ainsi, par en dessous, les poches sous les yeux sont encore plus marquées, plus apparent le relâchement des joues qui, des ailes du nez aux commissures des lèvres, s’aflaissent en un repli de chair.
Je suis cela aussi : une chair qui mène sa propre vie et se rit de mes élucubrations, de mes échafaudages, installations, déménagements; de mon agitation. Qui me livre une guerre sournoise et me menace sans que je sache ni où ni comment celle-ci se manifestera. Combat douteux, tout en feintes et figures. Trophés cachés, décorations d’un ordre secret : j’en porte les cicatrices :
Celle qui suit l’omoplate gauche barre mon dos en diagonale. Je ne la vois pas, je ne la sens pas, comme ces insignes d’un ordre discret que l’on porte sous le revers.

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Tirage de tête :
30 ex. numérotés, accompagnés d'une gravure originale signée par Cécile Reims

190,00 €
Autres titres du même auteur :

Peut-être
Tout ça n’a pas d’importance
L’embouchure du temps