Parution Avril 2015


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Denis Montebello
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Chroniques gourmandes
Coll. Corps neuf, 9
2015.
236 p. 12/18.
ISBN 978.2.86853.605.1

15,00 €

Le livre

Aller au menu. Comme d’autres aux mirabelles. Cueillir des traces. Des vestiges où mettre ses pas, ses mots. Le peu qui reste des gens de peu, ce qui survit de ces vies minuscules. Dans nos assiettes. C’est tout l’enjeu de ce livre. Un livre aux multiples entrées. Où il arrive qu’on serve entrée et dessert en même temps. Où l’on aime les plats qui offrent une résistance. Où l’on entre dans le détail, avec un goût prononcé pour l’infime. Le sans gloire. Où chacun peut naviguer comme il l’entend, au gré de ses préférences. Se composer son menu. Autrement dit une mémoire.

Le présent volume reprend les chroniques gourmandes publiées par nos éditions sous les titres Fouaces et autres viandes célestes (2004) et Le diable, l’assaisonnement (2007), auxquelles on a ajouté vingt-six textes nouveaux, primitivement parus, accompagnés de photographies de Marc Deneyer, comme la plupart des précédents dans l’excellente revue Actualité Poitou-Charentes, dirigée par Jean-Luc Terradillos.


L’auteur

Né en 1951 à Épinal, Denis Montebello vit à La Rochelle. Il est l’auteur d’une quinzaine de livres parus pour la plupart chez Fayard, aux éditions en ligne publie.net et au Temps qu’il fait (Bleu cerise, 1995; Fouaces et autres viandes célestes, 2004; Couteau suisse, 2005; Le diable, l’assaisonnement, 2007; Tous les deux comme trois frères, 2012). Auteur de récits et de romans, il procède en archéologue du présent. Mais le poète qu’il est cherche aussi la preuve par l’étymologie.


La presse lors de la première parution

Une promenade gourmande et érudite, qui charmera les amateurs d’étymologie et autres «rêveurs en eaux profondes». — Monique Pétillon, Le Monde, 12.03.2004.

• Un livre à déguster (…). Sous le moelleux du verbe, Pline, Rabelais, Pythagore, Delteil, Ponge, Ausone, Stendhal sont convoqués à la table poitevine. La langue mitonne les saveurs et le savoir, chaloupe entre papilles et pépites lexicales. Une félicité du palais et de l’esprit. — Gilles Luneau, Le Nouvel Observateur, mai 2004.

• Il n’est pas illégitime d’assimiler ces courts essais gustatifs à des nouvelles réussies tant elles sont un régal pour l’intelligence et procurent un roboratif plaisir de lecture. Les mots eux-mêmes, dans leur passé, leur épaisseur, forment comme une invitation à aller vers l’inconnu et le goûteux : de la jonchée aux céteaux, des cartelins aux mojhétes… — Patrick Kéchichian, Le Monde des livres, 7.01.2005.

• Nommer le monde, faire entrer le chaos dans l’ordre des mots est le défi primordial de cette étrange activité qui veut que rien ne soit évident, que tout résiste dès lors qu’on fait de la parole un autre usage que la simple transmission d’«informations». — Alain Nicolas, L’Humanité, 24.02.2005.



Extrait

De la frontière entre cagouilles et lumas

Si, comme l’écrit Renan dans Qu’est-ce qu’une nation ? (et comme le rappelle Jean-Christophe Bailly dans Le Dépaysement), aucune montagne ou aucune rivière ne saurait avoir «cette sorte de faculté limitante a priori» que souvent on leur a prêtée, je ne vois pas pourquoi la Charente ferait exception, pourquoi elle serait une frontière naturelle. La Charente «aime» (c’est le thème celtique dont elle dérive) ceux qui boivent son eau, quelle que soit la rive qu’ils occupent, elle les aime comme les parents leurs enfants. Sans différences.
Certes, ce n’est pas la Seille, mais ce n’est pas le Rhin non plus, ni même la Bidassoa, et je ne sache pas qu’elle sépare deux pays, qu’elle borne, avec les arbres qui la bordent, autre chose que la vue. C’est le même escargot qu’on mange, Helix aspersa aspersa alias Petit-gris, et s’il y a bien une ligne de démarcation entre cagouilles et lumas, elle ne passe pas par là. C’est comme la frontière linguistique. Entre oc et oïl. Elle sinue plus bas. Et elle a visiblement reculé. Témoins certains toponymes entre Oléron et Rochefort. Dans le sud de la Vienne ou des Deux-Sèvres. Où l’ève n’a pas complètement remplacé l’aigue. Et où il y a toujours des vallades à côté des vallées. Des mots reliques. On en trouve aussi dans le poitevin-saintongeais ou parlanjhe. Des vestiges de l’occitan qu’on parlait plus haut, que l’on peut sègre (suivre), comme l’escargot sur ses chemins. Voilà qui fait baver l’archéologue. Quand il songe que la frontière entre cagouilles et lumas pourrait bien recouper celle entre Santons et Pictons. Et que ce serait là une survivance. La trace présente d’un très lointain passé. D’une très ancienne rancœur. Lorsque les Pictons se virent offrir (prix de leur allégeance et gage d’une docilité future) un territoire excédant largement ses frontières initiales, allant en gros de l’île de Ré au pays de Retz, avec un port sur la Loire, Rezé, pour narguer Nantes et surveiller ceux restés sourds aux appels réitérés de la puissance invitante.
Un symptôme, et il n’en arrive pas que dans nos rêves. Il y en a encore dans nos assiettes. Qu’il faut sortir de leur coquille, aspirer bruyamment jusqu’à la dernière goutte de sauce. Ou qu’il suffit d’écouter. Comme la première fois les mots. Ceux des grands. Et on n’y voit que des noms. Le paysage qu’ils écrivent. Qu’ils inventent.
Ce n’est pas ce qu’on produisait autrefois. Au siècle dernier. Des constructions imaginaires ayant pour but de cacher l’entre-deux où on était. Qu’on était. Et qu’un entre-deux réunit autant qu’il sépare. On pouvait bien se réclamer de Goulebenèze et chasser en paroles le Vendéen, la différence n’était pas si grande entre les cagouilles à la bordelaise et la sauce aux lumas. La guerre entre vin rouge et vin blanc n’aurait pas lieu. De raison d’être. C’est le même plat ou presque. La même plaine. Le même vide. On a beau regarder. Il n’y a rien à se mettre sous la dent. Il y a des «vallées», mais il n’y a pas de montagnes. Pourtant, quand on supe les fûts et qu’on luche ses dêts (quand on suce les coquilles en faisant des grands sssup, et qu’on se lèche les doigts), on est bien sur ce que Michèle Aquien appelle «l’autre versant du langage». Celui du rêve et de la poésie.
On est toujours, même si les arbres ne sont plus ici qu’un souvenir, un nom sur la carte, à Nègressauve, dans une Nigra Silva plus obscure que toutes les Forêts Noires réunies. Et plus claire aussi. Le Luc est à côté, un «bois» à traverser juste avant Saint-Romans et où la lecture redevient, l’espace d’un lieu-dit, ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une cueillette.

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Autres titres du même auteur :

Bleu cerise
Fouaces et autres viandes célestes
Couteau suisse
Le diable, l'assaisonnement
Tous les deux comme trois frères
Compte-rendu
de François Bon