Parution Février 2018


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Robert Briatte
Tanger s’il y a lieu


Récit

Coll. Corps neuf, 16
2018. 128 p. 12/18.
ISBN 978.2.86853.631.0

10,00 €

Le livre

«Vivre ici, c’est accepter d’être extérieur, accepter que quelque chose ne soit pas résumable à soi-même. Avoir une attitude détachée.»
Être étranger en général, être étranger partout, et trouver à Tanger le lieu privilégié pour «être étranger». Avec, parcourant le livre, un certain nombre de figures emblématiques : celles de ces étrangers par définition que sont les artistes. Paul et Jane Bowles, surtout, mais aussi Henri Matisse, Eugène Delacroix, Brion Gysin, Roland Barthes, Jean Genet…
Il n’y a pas de considérations correctement sociologiques ou ethnographiques dans ces pages. Les Marocains sont pratiquement absents de ce livre. Ils seront les héros de livres à venir, des livres qui seront écrits dans un Tanger qui sera complètement le leur. La foule est absente. Tanger s’il y a lieu n’est que le récit, daté (1986), de quelques saisons passées au milieu d’une principauté du vide.


L’auteur


Robert Briatte, né en 1956, professeur de Lettres classiques, vit et enseigne près de Grenoble. Quelques rencontres avec des lieux et des hommes remarquables ont notablement orienté sa bibliographie : A Tribute to Athena et Tanger s’il y a lieu (L’Entreligne, 1987 et 1988), Joseph Delteil (La Manufacture, 1988), Paul Bowles 2117 Tanger Socco (Plon, 1989), Rencontres de Cerisy Joseph Delteil (Presses du Languedoc, 1995), Foulée des jours (poèmes, Éditions de la Jonque, 1999), Café Notes (traduction d’un recueil de nouvelles du chanteur et auteur-compositeur américain Elliott Murphy, Hachette Littératures, 2002).


Extrait

TANJAH


Tanger, puisque Tanger il y a. Quand une ville est suffisamment pourrie, elle attire les écriveurs de légendes, et cela paradoxalement ajoute à son prestige. C’est la putain la plus sordide qui attire l’œil. C’est elle qui vous fascine, qui vous fait peur, avec son côté carnassier, insupportable. On devine les dents sous le maquillage. Mais c’est elle en fait qui suscite ces émotions que l’on traque pour en faire des paragraphes.

S’il y a lieu, revenir sur le crime. Tracer, sans être vu, une perpendiculaire au rayon du cercle en un point. Élucider ce point : pourquoi n’ai-je pas écrit ce roman ?… J’avais pourtant un bon titre : La Tangente à Tanger. Comment concevoir une architecture obsessionnelle. Imiter la matière du jour. Émietter le quotidien. Revenir sur le motif. Cliché : La ville est une énigme. Pas de quoi en faire un crime tout de même. Un autre que moi a sans doute écrit le polar dont je rêvais. La terre est ronde et on revient toujours à Tanger. C’est une différence notable avec la Trinité-sur-Mer ou Le Tréport. Tanger me manque déjà. Un nom sans ville. Je suis tombé amoureux du détroit. C’est l’endroit où copulent les continents, l’endroit où tout s’effondre envers et contre tout, un endroit où se noie le regard, dans la brume, dans une Espagne rêvée chaleureuse, si proche et jamais si lointaine, à portée de regard ou de canon, un horizon barré par les falaises au sud de Cadix ou par le rocher de Gibraltar.

Le nom de Tanger n’a pas la couleur du nom des villes du Sud. Il n’évoque pas une ville de la chaleur. Le climat de Tanger a quelque chose d’anglais et de marocain. Je dis «marocain» pour ne froisser personne. Un climat insulaire, donc.

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