Parution Novembre 2022


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Alice Becker-Ho
En un ciel ignoré
des étoiles nouvelles


Récit

2022. 64 p. 14/19.
ISBN 978.2.86853.688.4

15,00 €

Le livre

Dans ce récit intense la narratrice se souvient d’avoir découvert la passion, l’année de ses quatorze ans, pour une enseignante de français, originaire d’Alexandrie, qui allait lui ouvrir les portes de la Poésie et orienter une part importante de sa vie. Cette figure idéalisée, retrouvée dix ans plus tard, la décevra au point qu’elle l’aurait oubliée, «puisque tout passe», si trois décennies plus tard encore, le beau navire de la mémoire ne l’y avait ramenée en lui révélant l’existence d’un ami de jeunesse de l’homme avec lequel elle avait tout partagé.
Cette belle illustration des théories d’André Breton sur le hasard objectif, empruntée à la vie même, est placée sous le signe d’une poésie dont il faut «exécuter le programme dans la réalité». Elle est également un témoignage de premier ordre sur un aspect intime de la vie d’un certain Guy Debord.



L’auteur

Alice Becker-Ho, née en 1941 à Shanghaï, rencontre en 1963 Guy Debord qu’elle épousera en 1972 et qui lui dédiera l’année suivante le film La Société du spectacle. À partir de 1990 elle consacre trois livres novateurs à l’argot des «classes dangereuses» : Les Princes du jargon (qui traite de l’influence de la langue des Gitans sur l’argot), puis L’Essence du jargon et enfin Du Jargon héritier en Bastardie (Gallimard).
Après le décès de Debord en 1994, elle rend hommage à celui-ci dans plusieurs livres de poésie ou de prose (D’azur au triangle vidé de sable, Là s’en vont les seigneuries, Dix poèmes d’Edgar Poe, etc.) principalement publiés au Temps qu’il fait.




Extrait

(…)

Pour couper court au silence embarrassé qui s’ensuivit, je la priai de me parler plutôt d’elle. J’appris ainsi qu’elle était originaire d’Alexandrie, qu’elle avait dû quitter au début des années 50, à l’arrivée au pouvoir de Nasser en Égypte. Je m’expliquai alors cette façon qu’elle avait de légèrement rouler les «r», tout comme son physique moyen-oriental; et de nouveau, je retombai sous le charme.

(…)

Puis, un brin facétieuse, elle me dit, comme en passant, avoir eu parmi ses élèves d’autres «amoureuses» dans mon genre, me replongeant aussitôt dans le souvenir du livre que Guy m’avait offert suite au récit de mon passé : Olivia par Olivia, traduit de l’anglais par Roger Martin du Gard, où l’auteur évoque, des années plus tard, les désarrois de cet âge inquiet que peut susciter l’adulte idéalisé, et la marque indélébile qu’il vous laissera pour toujours.

(…)

La conversation s’étant engagée sur le présent, Chimène me confessa, attendrissante, qu’elle était amoureuse. L’homme qu’elle aimait et admirait était un collègue, brillant professeur. Seule ombre au tableau, malgré une idylle forte et partagée, ce dernier refusait obstinément de divorcer pour vivre avec elle.
Plus elle se livrait, moins je l’entendais. Son histoire m’apparut soudain si convenue et pitoyable que je fus prise d’une sorte de lassitude, et pour tout dire d’une immense déception. Je ne reconnaissais plus rien de LA Chimène que j’avais tant admirée pour ses audaces et son franc-parler, plus rien de cette arrogance affichée qui m’avait ravie et totalement fascinée.
Tout venait brusquement de s’écrouler.

(…)