Parution Avril 2019


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Jean-Pierre Ferrini
Et in Arcadia ego


Essai

2019. 80 p. 14/19.
ISBN 978.2.86853.657.0

13,00 €

Le livre

À partir des Quatre saisons de Nicolas Poussin, en passant par le Chef-d’œuvre inconnu de Balzac, ce livre interroge notre rapport au musée, en l’occurrence le musée du Louvre, qui devient le lieu d’un apprentissage, un apprentissage d’écrire, et d’une inquiétude d’être au monde. Durant douze mois, un peu comme un journal de pensées, les paysages de Poussin tracent un itinéraire, un voyage dans le temps et les âges qui rythment les différentes phases de notre vie. L’enquête, plus le livre progresse, se transforme en quête, celle peut-être d’un paysage perdu qui trouverait sa résolution dans la formule des Bergers d’Arcadie : Et in Arcadia ego



L’auteur

Jean-Pierre Ferrini est né le 23 mai 1963 à Besançon. En 2003, il publie aux éditions Hermann son premier livre, Dante et Beckett. Dans le même temps paraît chez Monologue éditeur un recueil de poésie, ... ses difficultés infinies. Avec Bonjour monsieur Courbet (Gallimard, coll. L’un et l’autre, 2007) et Le pays de Pavese (Id., 2009), il a tenté d’adopter la forme de l’autoportrait pour explorer les lieux de son enfance et de sa généalogie. Tout en poursuivant un travail critique (sur Dante, la littérature italienne ou sur Beckett), ce versant de sa recherche le conduit de plus en plus vers les bords d’une écriture fictionnelle qu’il interroge notamment dans L’Expérience singulière de la lecture (HEAD, 2007) ou dans un bref «roman», Un voyage en Italie (Arléa, 2013). Il a donné à nos éditions en 2016 Le grand poème de l’Iran.



Extraits

Sans doute à son insu, Balzac a mis à jour au début des années 1830 (la nouvelle paraît en 1831) une des composantes qui allait déterminer notre modernité. Plus qu’une œuvre romantique, son «chef-d’œuvre» annonce l’inconnu qu’on découvre en tâtonnant dès qu’on s’aventure sur les sentiers de la création. Frenhofer, le vieux peintre un peu fou, parce qu’il ne parvient pas à achever la toile qu’il est en train de peindre, a ouvert un espace, une fenêtre, une «quatrième dimension» comparable à l’invention de la perspective. Il s’agirait d’un impossible, du réel contre lequel nous butons. Cézanne ne se trompait pas. Lorsqu’un interlocuteur évoquait devant lui le nom de Frenhofer, il ne pouvait masquer son trouble. Depuis, on n’en finirait plus de buter contre cette muraille illisible de peinture qui sépare le fantasme imaginaire de Frenhofer de sa réalisation, toutes ces heures perdues à essayer d’extérioriser la part maudite de soi-même.
Quand j’ai lu pour la première fois Le Chef-d’œuvre inconnu, ces questions ne me travaillaient pas, sinon de façon inconsciente dans les brouillons de textes que j’essayais d’écrire. Je m’identifiais davantage à ce portrait balzacien de Poussin en «néophyte» qui rencontre Frenhofer dans l’atelier de Porbus rue des Grands-Augustins.
À travers Porbus, le maître qu’il croyait rencontrer, le Poussin de Balzac rencontre un autre maître et reçoit sa première leçon de peinture. La mission de l’art n’est pas de copier la nature, dit en substance Frenhofer, mais de l’exprimer, de saisir l’esprit, l’âme, la physionomie des choses et des êtres… Il reproche à Porbus de ne pas «descendre assez dans l’intimité de la forme» comme dans La Cène «académique» qui est au Louvre de ce Porbus ou François II Pourbus, un peintre flamand mort en 1622 à Paris que Poussin aurait admiré dans sa jeunesse. Porbus ensuite insiste pour que Frenhofer montre son «chef-d’œuvre» qu’il dissimule jalousement dans son atelier. Mais il refuse ou le concède à condition que Gillette, la fiancée de Poussin, accepte de poser pour lui, car il a besoin de perfectionner encore sa «Catherine Lescault», le titre qu’il donne à sa toile inachevable, La Belle Noiseuse que Jacques Rivette a adaptée au cinéma.
En pénétrant enfin dans l’atelier, ils découvrent que la peinture de Frenhofer n’est pas une peinture… Elle a été détruite à force de retouches, à force de descendre dans l’intimité de la forme, et n’est plus qu’une pure abstraction (un sentiment, une passion, pense Frenhofer). «Je ne vois là, constate stupéfait Poussin, que des couleurs confusément amassées et contenues par une multitude de lignes bizarres qui forment une muraille de peinture…» De ces décombres n’émerge qu’un pied nu, fragment, ruine ou reste d’une Vénus…

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