Parution Octobre 2018


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Patrick Cloux
Mes oncles
du dimanche


Chroniques

2018. 256 p. 14/19.
ISBN 978.2.86853.650.1

21,00 €

Le livre

«Le peuple étriqué et coincé dont je sortais, jeune, meurtri, curieux, timide et assez mal assuré, avait donc lui aussi ses artistes, son droit de voir, ses perplexités et ses accroches lumineuses. Un arbre plein de lucioles m’éclairait. Il me changeait de la misère ambiante, du rétrécissement familial où je végétais, de l’absence de perspective et de beauté. Le Merveilleux était derrière ces portes. Il fallait avancer…»

Fidèle à une méthode éprouvée dans ses livres précédents, l’auteur examine diverses manifestations de l’art à la lumière de souvenirs de sa jeunesse, évoquant une enfance démunie dont l’art et la littérature sont venus combler les manques affectifs. En «nostalgique de l’avenir», c’est à la «création libre des couches populaires» qu’il s’intéresse principalement, à quelques naïfs, à divers singuliers, bruts répertoriés comme bricoleurs oubliés qu’il entasse dans sa brocante imaginaire, son insolence stimulée par l’insolite et son goût du coq à l’âne bousculant les «conventions esthétiques». Sa rêverie buissonnière nous invite ainsi à un inspirant dimanche à la campagne.



L’auteur

Patrick Cloux, né en Auvergne en 1952 sous le signe de la balance, pousse devant lui depuis ce jour d’octobre un signe d’indétermination chronique. Après des études de philosophie, il devient un temps employé de librairie, puis travaille dans l’édition, en nomade professionnel. Retiré en 2013 à la campagne, il y cultive son jardin, au propre comme au figuré. Son œuvre littéraire, presque exclusivement composée de «chroniques», vise à établir les liens qui unissent les cultures savantes à leurs ancrages populaires. Parmi ses livres : Dans l’amitié du Merveilleux, Marcher à l’estime, Le grand ordinaire, Mon libraire, sa vie son œuvre (Le temps qu’il fait), Un domaine sous le vent (La Table ronde), Un vin de paille (Stock), Lumières d’Égée, L’odeur des platanes (Éditions du Miroir).



Extrait


Ce merveilleux péremptoire, ce goût très populaire pour l’insolite, le maléfique, les glissements d’images et autres lignes de fuite, ce surréalisme hypnotique et cotonneux, ne devaient plus me quitter. Au point d’être devenu un orphelin mineur, un fils de personne, de ne plus savoir tout à fait d’où je viens. D’Ailleurs, bien sûr ! D’un ailleurs de confusions, de livres soldés, d’occases sociales, d’étreintes voilées et de colères inutiles, d’ambitions restreintes et de petites postures. D’un autre temps. C’est ça ! je suis un survivant d’un quart de siècle mort depuis bien longtemps. Il est condensé dans des livres fumeux, des spicilèges écrits avec humeur, des soties, des journaux indistincts, des cabinets de curiosités pour apprentis voyeurs. Un tas de figures de rhétorique en soutiennent les trop vastes piliers. Du Marsais n’y retrouverait pas les siennes.
Écrire me donne le sentiment ce matin (il est très tôt et l’aube débute, les coqs commencent à chanter, les étourneaux s’en vont, le renard rentre au gîte) de rayer du pied le gravier d’un chemin allant, à force de références, vers l’effacement. Surtout par manque de relais. Autour de moi une fois l’aurore levée, moutonne la verte campagne à l’infini. Il faut, certains jours, une bonne composition face à tant de verdure. Lire seul dans son coin épuise. D’où la nécessité d’établir en ces années, ces cahiers de notes que sont mes livres. D’aller à la pêche, de jouer à la pétanque, de discuter de tout et de rien, de briquer la proue du navire ne me suffit pas. L’incomplétude de chaque vie vient de ce qu’on n’en transmet qu’une infime partie. Cette dilapidation vous jette lentement quelques pierres. Sans trop de dégâts au début. Juste dans les carreaux. Puis en vieillissant, en silence et sans que personne ne s’en doute, elle vous lapide, assez sûrement.
Les entailles, scarifications, graffitis dont se chargent les murs en ville, orientent vers une autre écriture. Le premier geste gravé des enfants, des sans-nom, des paumés volubiles, d’anonymes souffrants ou d’amoureux exaltés permet de régresser de façon empirique. Cet art ne s’affiche pas, ne s’archive pas non plus très facilement mais me touche vraiment. Largement plus que la sculptures bâclée des bois d’un Baselitz, dont je saisis mal l’hyperbolique succès. Il y a trop d’argent qui circule dans certaines sphères et si peu pour restaurer les miracles fragiles. Ce cénacle de peu où s’affichent les rayures d’un simple mur dégradé me ramène à cet art fait d’invisibilité où rien de durable n’existe. Je tiens pourtant à de telles traces. Elles sont, loin des sentiers battus, l’essence d’un premier merveilleux.

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