Parution Mai 2018


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Pierre Pachet
Le grand âge


Essai

Coll. Corps neuf, 17
2018. 88 p. 12/18.
ISBN 978.2.86853.643.3

9,00 €

Le livre

Dans une sorte de journal de ses pensées, un homme qui n’est plus jeune essaie de se représenter ce que c’est, d’être vieux. Ou plutôt de vivre cette situation de l’intérieur, tout en restant lui-même, en gardant l’âge qu’il a effectivement, quand il écrit, et en restant l’enfant étonné et cruel qu’on ne peut cesser d’être. Pour une part, il s’agit pour lui d’imaginer, de spéculer; pour une autre, de décrire ce qui lui apparaît des vieillards qu’il voit, qu’il fréquente, qu’il aime — et de lui-même. Dégradations physiques, lenteur nouvelle, défaillances dans l’activité mentale, désoccupation, obscurcissement : autant d’occasions paradoxales d’y voir plus clair, de regarder l’obscurité même. Pourtant, le livre ne penche pas du côté du vieillissement : il cherche à maintenir en service une «navette», selon l’expression de l’auteur, un aller et retour permanent entre le grand âge, et les autres âges de la vie. Nouvelle façon d’explorer, sans l’atténuer, la différence qui sépare les hommes les uns des autres, les sépare d’eux-mêmes au cours de leur vie, et donc finalement les constitue.


L’auteur


Né en 1937 de parents juifs d’origine russe, Pierre Pachet a enseigné la philosophie grecque et la littérature française à l’Université. Critique dès 1970 dans la Quinzaine littéraire aux côtés de Maurice Nadeau, il poursuivra cette activité jusqu’à ses derniers jours en écrivant pour la revue en ligne En attendant Nadeau. Auteur d’une œuvre considérable autant que singulière faite d’essais et de récits plus personnels, il s’est intéressé à la littérature (Le Premier Venu, Essai sur la politique baudelairienne, 1976; La Force de dormir, études sur le sommeil en littérature, 1988; Un à un, de l’individualisme en littérature, 1993) et à la politique (Le Voyageur d’Occident, 1983; Conversations à Jassy, 1997; Aux aguets, 2002). Ses écrits autobiographiques participent souvent de ces deux domaines et font recours à la réflexion comme aux souvenirs et à l’expérience (Autobiographie de mon père, 1987; Devant ma mère. Récit autobiographique, 2007; Sans amour, 2011). Pierre Pachet est mort le 21 juin 2016.


Extrait


Il y a dans la vie une dimension fantastique à laquelle nous sommes trop habitués et que nous ne cessons d’oublier : elle tient à la façon dont le temps, qui permet aux hommes de vivre ensemble, d’être contemporains, les sépare aussi dans cette coexistence même. Être jeune à côté de quelqu’un de vieux, de plus vieux, suppose de savoir qu’il y aura un moment où l’un existera, et l’autre n’existera plus, et qu’il y a eu un moment tout aussi réel où l’un a existé, et pas l’autre. On ressent l’étrangeté de cela quand on imagine, avec une imagination d’enfant, ce qui se passerait si revenait dans la vie quelqu’un qui l’a quittée, et qui constaterait sa propre absence, ou le souvenir qu’on a gardé de lui : le temps sans lui, le temps où il ne peut pas être. La différence entre les individus, quand on pense à cela, on comprend combien elle est profonde, cruelle, constitutive.
Or il y a une autre dimension du temps, de ce même temps de la vie, également fantastique. On la rencontre quand on s’avise que cette personne âgée, là, devant moi, a été jeune; que la jeunesse lui a pleinement appartenu, en son temps; et que c’est bien la même personne, pas seulement parce qu’elle a conservé des souvenirs de ce temps-là de sa jeunesse, plus ou moins nombreux, plus ou moins vivaces, mais parce qu’elle est toujours le même lieu crucial du monde, le même corps pensant qui vit la même aventure continue, à travers le tunnel des nuits, des crises de croissance, des maladies, des expansions ou des rétrécissements de la conscience. Le même sentiment de soi qui voyage dans le Temps.

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