Parution Février 2017
            Photo Christophe Neveu


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Joël Cornuault
Le sentiment des rues


Proses
2017. 112 p. 14/19.
ISBN 978.2.86853.621.1

15,00 €

Le livre

Joël Cornuault se souvient ici de la vie de quartier, à Paris, au lendemain de la seconde guerre, de la vie qui fut celle de son enfance et de son adolescence dans celui de La Chapelle (XVIIIe arrondissement). Ainsi remonte-t-il, en promeneur rétrospectif, aux sources de sa jeunesse populaire dans la compagnie fraternelle des meilleurs auteurs, comme lui arpenteurs des rues, en nourrissant sa flânerie de souvenirs proches ou lointains, d’images persistantes bien que floues, et d’une toponymie sans âge. Ce livre, où rien n’est écrit qui n’ait été personnellement senti et pensé, est donc bien plus qu’une simple continuation du genre de la promenade parisienne. Ces pages, où la tendresse et l’humour font bon ménage, ne permettent jamais «au regret de s’insinuer en nous ou à l’aigreur de nous envahir». Elles font de rues sans légende des rues amies et d’un pauvre faubourg le territoire d’une rêverie ardente.


L’auteur

Né en 1950, Joël Cornuault, est libraire depuis des décennies.
Essayiste, poète et traducteur, il a consacré des essais à André Breton et Henri David Thoreau ainsi qu’au géographe Élisée Reclus.
Il a traduit le poète et essayiste Kenneth Rexroth (Les Poèmes d’amour de Marichiko, chez Eres, par exemple), le naturaliste John Burroughs (L’Art de voir les choses, Fédérop) et le paysagiste A.J. Downing (La Philosophie du goût champêtre, Premières Pierres), tous trois américains, et les pré-romantiques anglais William Gilpin et John Thelwall.
A publié de nombreux articles, essais poèmes, ou traductions dans des revues, notamment Plein Chant, Europe, Les Cahiers du Temps qu’il fait, Fario, Rehauts, L’Esprit des villes.


Extrait

La promenade rétrospective

Si les sons, les saveurs et les parfums sont bien ces «sublimateurs de l’essence de la mémoire» dont parle George du Maurier dans Peter Ibbetson, que dire de l’enchantement que peut provoquer en nous la vue d’une simple façade; une porte cochère; une faille secrète entre rue et jardin, de simples fleurs, tant d’objets où se prirent nos regards, qui mirent nos sens en cause et fixèrent notre attention avant d’être eux-mêmes emportés par le flot d’autres images, d’autres impressions, il y a longtemps, et que nous redécouvrons, que nous actualisons. La chose peut se produire lors d’une flâne dans une ville, un bourg ou sur un vieux chemin — car, sur ce point, j’en suis garant, marcheur des villes et marcheur des champs se rejoignent et se complètent.
Derrière la perception consciente, utilitaire ou géographique d’un entourage donné, une incessante vie clandestine, une infra-sensibilité qui s’enrichit au fil du temps se partage notre esprit — et, à cet égard tout au moins, l’écoulement du temps est une chance, ce que les plus pessimistes d’entre nous savent bien au fond d’eux-mêmes — je n’entre pas dans les considérations liées à la perte des disparus, au chagrin de ne jamais plus les retrouver dans notre vie extérieure.
À côté, donc, de «l’espace dominé par la conscience de l’homme», comme dit Walter Benjamin, existe pour lui un espace dormant ou affleurant que l’approche rétrospective permet de réveiller, sous certaines conditions qu’il n’a pas le pouvoir de maîtriser (le passé peut survenir sans crier gare), mais qu’il peut solliciter en se rendant sur certains sites bien choisis.
Il est surprenant qu’aucun nouveau thérapeute, dans un moment qui voit leurs plaques professionnelles pousser comme des champignons après l’ondée, n’ait encore tenté de tirer parti de ce qu’il pourrait présenter au monde comme une nouvelle science de la remémoration : la science des promenades rétrospectives. Les patients reviendraient sur certains lieux déterminants et, écoutant leur sensibilité spatiale autant que temporelle, laisseraient monter les réminiscences, plutôt que de rester immobiles sur un canapé.
J’ironise bien un peu, mais Gracq lui-même a beaucoup utilisé l’élément rétrospectif dans ses rêveries à travers Nantes, en prenant soin de préciser, avec toute la finesse requise et pour répondre d’avance à tout reproche de passéisme que, «au lieu de tirer l’esprit en arrière», «une référence décrochée de la durée projette vers l’avant et amalgame au présent les images du passé.» Elle «libère le souvenir de toute mélancolie et de toute pesanteur».

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Le Matricule des anges n° 183, mai 2017

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