Parution Septembre 2016


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Gaëlle Josse
De vives voix


2016. 88 p. 14/19.
ISBN 978.2.86853.612.9

13,00 €

Le livre

«La voix. Quelle voix ? Celle qui parvient à nos oreilles distraites, agressées, saturées ? Ou celle qui nous parle, au-delà des mots qu’elle prononce ? Comment entend-on ? Et qu’entend-on ? Quelle voix perdue poursuivons-nous ? Quelle place pour elle dans un environnement où les images traquent chacun d’entre nous sans répit ?
Ni essai, ni récit, ni roman, ni autobiographie, simplement quelques perceptions, personnelles, intimes, de la voix humaine. Des voix surgissent, fragments égrenés convoquant souvenirs, voix inconnues, passants, rencontres, êtres proches, observations…
Dire ses nuances et ses détours, ses masques et ses aveux, entre les interstices de la mémoire et les plis du quotidien. Dire ces voix qui ont un jour, de façon parfois inexplicable, résonné en moi.
Moments traversés, qui me trouvent acteur ou témoin, projetée à la confluence d’existences autres.
Autour du motif central de la voix qui donne au texte son unité, c’est un ensemble de variations, de modulations. Polyphonie. Les voix et les silhouettes se croisent, se mêlent, s’écoutent ou se fuient, en offrant la lecture sonore d’un univers personnel.
Évocation d’instants saisis, d’émotions, que les mots prolongent.
Et dans chaque voix, écouter le monde.»


L’auteur

Gaëlle Josse est née en 1960. Après des études de droit, de journalisme, de psychologie clinique et quelques années passées en Nouvelle-Calédonie, elle travaille à Paris comme rédactrice pour un magazine et un site internet. Elle vit en région parisienne.
Venue à l’écriture par la poésie, elle publie en 2011 chez Autrement son premier roman, Les heures silencieuses, que suivront Nos vies désaccordées en 2012 et Noces de neige en 2013, chez le même éditeur. En 2015, elle est finaliste du Prix des libraires et lauréate du Prix de littérature de l’Union Européenne pour son roman Le dernier gardien d’Ellis Island (Noir sur Blanc). L’Ombre de nos nuits a paru en janvier 2016 chez le même éditeur.


Extraits

Dans le plaisir, dans la douleur, le gémissement, le cri. Ce qui nous échappe, ce qui nous est arraché. Nous voilà objets, toute résistance abolie. À un moment donné, il nous faut céder.

*

Au téléphone, c’est la voix nue que nous entendons. Délivrée des messages parasites, redondants ou contradictoires du visage et des gestes, la voix dit la sollicitude, l’inquiétude, la gaieté, la fatigue, la surprise, la lassitude, l’impatience. Nous téléphonons en tous temps, en tous lieux, opportuns ou non, adéquats ou non, en nous aVairant à autre chose. Malgré cela, notre voix conserve toute sa vérité.

*

Il est éprouvant de revoir en photo un proche disparu, mais entendre sa voix, fut-ce une seule exclamation dans une mauvaise vidéo, est insoutenable. Douleur de reconnaître une voix aimée qui ne peut nous entendre; illusion de croire, un instant, revenu quelqu’un qui nous a été cher. Trop de présence, trop d’absence.

*
À mon grand étonnement, depuis qu’elle vit dans le Sud, sa voix a changé. Mimétisme insensible, progressif. Celui du caméléon qui se fond dans la couleur de la plante, du rocher sur lequel il se trouve. Sa voix module davantage, avec des pleins et des déliés, s’élève, s’interrompt dans les hauts, demeure un instant en l’air et dégringole aussi vite pour terminer sur une note médiane, entre exclamation et interrogation. Elle a pris une voix du Sud, un accent de carte postale, avec lavande, romarin, basilic, avec sa mer sans marée, ses pins parasols et ses oliviers.
C’est une voix qui m’est exotique, avec des couleurs inhabituelles, le mauve des lavandes, le vert argenté des oliviers, l’ocre des bastides. Sa voix a épousé tout cela en une lente incorporation, en une fusion aujourd’hui achevée. Pour moi, cela demeure une voix factice, un peu ridicule.
Lorsque nous parlons de ce qui importe peu, vêtements, cuisine, vacances, elle garde cette voix d’adoption qui me fait sourire, tant elle est étrangère à nos racines. Lorsque la conversation se fait plus personnelle, fait place à la confidence, l’accent s’estompe, ses crêtes s’érasent. Je retrouve ma sœur. La voix nue du temps de l’enfance réapparaît, dans sa tonalité initiale. Sa voix redevient celle de nos origines communes, comme on se débarrasse sans y penser d’un vêtement, d’un accessoire trop voyant, soudain décalé. La voix démaquillée. Épiphanie rassurante, tout compte fait.

*

Cet homme à la voix haut perchée, posée au-dessus du nœud papillon, comme un objet précieux dans une vitrine. Elle se veut raffinée, nuancée, chatoyante, nacrée. Trop haute, indiscutablement trop haute. Sa voix n’est qu’intonations théâtrales, effets, soupirs, demi-soupirs, silences, pauses et demi-pauses. Peu de volume, pas de coffre, tout dans le gosier. Cela monte et s’étrangle de façon incontrôlée. Il s’égosille. C’est une voix étudiée dans la glace, comme les gestes qui l’accompagnent, la façon de replacer une mèche, de glisser une main dans la poche, d’enfiler un imperméable, d’allumer une cigarette. Mauvais théâtre. Pourquoi me met-il aussi mal à l’aise ?

*

Celui-ci, à la voix lisse. L’envie que j’ai de le bousculer. En vain. Tout glisse. Aucune aspérité, un ton égal sert un propos tiède, mesuré, convenu, prudent. C’est une voix qui se perd en précautions oratoires. Une voix qui aurait enfilé trois préservatifs. Ni haute, ni grave, ni agréable ni déplaisante, ni froide ni chaleureuse. C’est une voix ni-ni. Neutre, sans colère, sans engagement. L’homme qui possède cette voix est aimable sans générosité, courtois sans attention. Il est comme sa voix. Une voix qui s’en laverait les mains, si l’on peut dire. C’est assez inquiétant.

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