Parution Janvier 2011


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Gilles Ortlieb
Liquidation totale


Photographies et texte
2011. 96 p. 14/19.
ISBN 978.2.86853.538.2

17,00 €

Le livre

Que peut-on espérer comprendre, appréhender, d’une ville à laquelle rien, aucune histoire commune ne nous rattache, sinon un endurant désir de voir ? Toutes ces cités d’une vallée ouvrière qui aura pesé sur le siècle écoulé, l’une après l’autre visitées : une archéologie humaine de la disparition et de la perte par la pratique assidue d’une épigraphie de vitrines, de pignons, de façades, de frontons. En quête de quoi, précisément ? D’inscriptions déteintes, à moitié effacées, de palimpsestes hérités d’un jadis ou d’un naguère qui subsistent encore, ici et là, dans des niches ou poches le temps malmené, mais sauvegardé, sédimenté en strates quasi géologiques : Jean Baton, Au Colifichet, Salon Carmen, Musette l’Étoile, Paris Couture, Bimbeloterie, Blanche-Neige et ses Sept, Café de l’Usine.


L’auteur

Gilles Ortlieb est né en 1953 au Maroc. Traducteur, auteur de poèmes, de récits et de carnets, il a publié à nos éditions Soldats et autres récits (1991), Gibraltar du Nord (1995), La nuit de Moyeuvre (2000), Sept petites études (2002), Carnets de ronde (2004), Meuse métal, etc. (2005), Noël à Ithaque (2006). Ainsi que, chez Gallimard, Place au cirque (2002), Au grand miroir (2004), Des orphelins (2005) et, chez Finitude, Sous le crible (2006) et Le train des jours (2010).
Conjointement à ce livre paraît, chez Gallimard dans la collection L’un et l’autre, Tombeau des anges.



Extrait

Il se peut que le seul, l’unique travail consiste parfois à convertir un spectacle ordinaire (un quai de gare dépeuplé, un pan de mur dans les hauteurs, une portion de faubourg, ce qu’on voudra) en une vision à décrypter. Puisqu’il faut bien aussi, de temps à autre, forcer — comme on dit en vénerie — la réalité, l’encoigner et faire barrage, si l’on veut qu’elle exprime autre chose que le flux constant, sans effort apparent (je dis bien, apparent) des choses qui passent, bougent, se déplacent, font leur métier de choses. Et apprendre à lire les traces, identifier les signaux, reconnaître le passé dans son passé. En partie par refus du présent, évidemment; mais aussi bien pour rendre celui-ci plus anodin, moins offensif, en le rapportant aux tribulations qui l’ont précédé.

Entre Sérémange et Knutange, le «berceau du fer», autre musique : le poids de bronze d’une mélodie carillonnée d’heure en heure dans le clocher de l’église Saint Martin, dont certains vitraux représentent sans vergogne des rejetons de la famille de Wendel portraiturés en enfants modèles. Ne figurant sur aucun vitrail, les générations entières d’écoliers et d’écolières confiées, en classe de maternelle — qu’on appelait alors la «salle d’asile» — aux Sœurs Candide Josèphe et Marie-Adelphe avant de fréquenter, jeunes filles, puis jeunes femmes, l’«Ouvroir» et l’«École ménagère», pour servir ensuite d’épouses modèles aux sidérurgistes et mineurs employés par la dynastie susnommée.

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