Parution Janvier 2010


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Collectif
Roger Munier


Cahier dix-sept, sous la direction de François Lallier et Jérôme Thélot
2010. 288 + 24 p. 16,5/24.
ISBN 978.2.86853.519.1

29,00 €

Tirage de tête :
50 ex. numérotés, accompagnés du film de Patrick Zeyen : Roger Munier le visiteur

55,00 €

Le livre

«L’œuvre de Roger Munier se tient entre poésie, philosophie et mystique. Elle connaît le silence, la beauté, la nature, le soir et le matin. Elle situe au carrefour où des énigmes affleurent, non de celles que résolvent la pensée ou les mots, mais de celles qui procèdent du vivre et qu’on appelle mystère.»
«Face au nihilisme, au retrait des idéologies, au pourrissement du divin, la poésie semble pour Roger Munier la seule voix capable de proposer une parole répondant à l’épuisement du sens (…) Parce que résonnant du rien qu’est la révélation de la vie, elle propose une “vérité” qui provient de l’immanence. De cette immanence, le poème nourrit son rapport à l’infini, à ce non-savoir qu’est la vie éprouvée, l’immédiat (…)»
Textes de G. Althen, S. Azzam, P. Dubrunquez, J. Lèbre, Y. Leclair, H. Raynal, J. Réda, B. Saint-Sernin, Ch. Colomb, Y. Courtel, S. Hoët, H. Mongis, P. Zeyen, G. Bocholier, J.-Y. Debreuillle, Ch. Hubin, N. Lafond, Fr. Lallier, I. Lebrat, L. Verdier. Inédits de Roger Munier. Iconographie, biographie, bibliographie.


L’auteur

Né en 1923, frappé très tôt par la maladie, Roger Munier fait chez les Jésuites des études supérieures de littérature, de philosophie et de théologie. Sa rencontre, à 26 ans, avec Heidegger (qu’il traduira dès 1953 et auquel il fera rencontrer René Char), ainsi que celle, six ans plus tard, avec Paul Celan, seront déterminantes. Sa carrière dans les organisations professionnelles de la sidérurgie le fera voyager dans le monde entier, en particulier au Japon où il découvre la sagesse extrême-orientale. Son œuvre, tentative de parole nouvelle située entre poésie et philosophie, poursuit également une profonde réflexion sur la mystique, sur l’image et sur l’œuvre d’art en général. Elle est riche d’une cinquantaine de volumes (poésie, essais et fragments) auxquels s’ajoutent de nombreuses traductions de plusieurs langues (Heidegger, O. Paz, A. Silesius, Kleist, Héraclite, R. Juarroz, A. Porchia et un recueil de Haïku pour l’essentiel). Roger Munier est mort le 10 août 2010.



Extrait

«
Tenter de prendre la mesure de l’œuvre de Roger Munier, dans son ampleur et son rayonnement, tel est le but que s’est fixé le présent livre. Roger Munier fut d’abord, il faut le rappeler, le traducteur, en 1953, de la Lettre sur l’humanisme de Heidegger. Dès 1949, il était allé interroger celui-ci. Plus tard, il le mettra en relation, à la demande de Jean Beaufret, avec René Char, et participera aux séminaires du Thor. S’il reste proche de la pensée de Heidegger, son propre parcours se poursuivra dans une distance qu’il importe de mettre en lumière. Alors que Heidegger s’était depuis plusieurs années tourné, par-delà sa déconstruction de la métaphysique, vers la relation de l’Être et de la parole à travers la poésie, son visiteur lui avait posé la question du «même». Il s’orientait ainsi vers une vue originale de l’«il y a», par le biais de la pensée de l’image, qu’exprime son premier livre Contre l’image (1963). L’essence de l’image, comme analogos dans lequel le monde en son apparaître se dit lui-même, la fait rejoindre le logos comme « mot » du monde. Mais ce qu’elle dit est l’apparaître ; en cet apparaître se situe la différence de l’«il y a», quand l’être, l’être simple, est lui-même — et rien d’autre. C’est dans le fil de cette première intuition que paraît quelques années plus tard, en 1970, un livre de plus d’ampleur, Le Seul, où le visible, avec sa «dimension perdue» fait l’objet d’une traversée, pour une part phénoménologique, pour l’autre soumise à la contrainte rigoureuse d’une écriture de l’expérience, et où l’enjeu philosophique se réalise en une tentative pour rejoindre le mode d’être du monde en prenant en compte la présence comme, aussi, «la disparue» — dans la finitude. À cet essai véritablement inaugural, s’ajoute une continuation, «D’un Seul tenant», qui témoigne de la tension établie, dans le «dire» de l’expérience, entre méditation et poème — en tant que ce dire approche au plus près son objet, cet «il y a» du monde qui se dévoile comme parole. Poème bref, circonscrit, dont la forme prend sa pleine effectivité, en 1973, dans L’Instant, tandis que Roger Munier entre en rapport d’attention et de partage avec les poètes de son temps : après René Char, il faut citer André Frénaud, Yves Bonnefoy, sur lesquels il écrit des études, et Pierre-Albert Jourdan (Roger Munier participe à l’aventure de la revue Port-des-Singes), mais aussi Octavio Paz, Roberto Juarroz, Antonio Porchia. En 1993, enfin, il écrira un livre important sur Rimbaud. À partir de 1980, son travail ne cessera plus de montrer la convergence entre l’exercice de la parole et le foyer de l’expérience de l’«il y a», mais aussi l’écart entre une fusion rêvée de la parole et de l’objet, et le maintien de cet objet en son horizon d’existence, ce «rien» qui mystérieusement le fonde. Ainsi les publications de cette période se partagent-elles entre des «méditations» sur certains moments de l’expérience elle-même (citons Orphée, Mélancolie, Éternité, Sauf-conduit, Adam), et des recueils aphoristiques où se réalise pour ainsi dire la conjonction de l’expérience et du dire, comme en témoigne la résonance même de leurs titres : Le Moins du monde, L’Ordre du jour, Au demeurant, À Vrai dire, Tous feux éteints, Contre-jour ; précurseurs d’un Opus incertum dont la notion revendiquée depuis 1995 symbolise pour ainsi dire l’entrée dans un infini de la finitude. En quoi il convient d’ajouter que Roger Munier se montre fidèle à l’«espace intérieur» qu’il désignait dans le titre choisi pour continuer, après Jacques Masui, la collection «Documents spirituels» ; comme à la tradition mystique de Maître Eckhart et d’Angélus Silésius (dont il est l’un des traducteurs) — pour aller vers une aube paradoxale du divin dans le néant.
Les textes ici présentés rassemblent les actes du colloque qui s’est tenu à Lyon en mars 2008, sur l’initiative de Jérôme Thélot, professeur à l’Université de Lyon 3 ; ainsi que nombre de témoignages qui ajoutent ce qu’on ne saurait passer sous silence : la générosité, le sens de l’amitié chaleureuse et du partage qui sont le fait de Roger Munier, en sa personne et au titre même de son exigence dans l’aventure d’une pensée non seulement vivante mais, dans son «écart», centrale aujourd’hui.

François Lallier

Commander
www.rogermunier.com