Parution Janvier 2011


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Martine Sonnet
Montparnasse monde


Roman de gare
2011. 144 p. 14/19.
ISBN 978.2.86853.549.8

16,00 €

Le livre

Quand elle écrivait Atelier 62, Martine Sonnet travaillait dans un bureau situé au dessus de la gare Montparnasse, bureau gagné chaque matin en train, par cette même gare. Occasion pour elle d’accumuler les notes, puis les photos, du monde ferroviaire urbain qui l’entourait, jusque dans ses derniers retranchements.
Que reste-t-il d’une gare quand on lui ôte l’imaginaire convenu des voyages lointains ? Une enclave dans la ville aux limites plus ou moins floues, du sol, des escaliers, des accès, du vide, des couloirs, des voix qui résonnent, de la vie de tous les jours d’usagers banlieusards et de la vie de bureau pour ceux qui travaillent juste au dessus.
Mais entreprendre d’écrire une gare emmène loin. Surtout quand celle-ci s’impose aussi comme le haut-lieu d’une histoire familiale, son point de passage obligé dont la fréquentation quotidienne ravive les souvenirs. L’écriture remonte alors le temps de la gare et en dilate l’espace, lui impose une géométrie personnelle variable, se l’approprie et ainsi naît le Montparnasse monde, histoire particulière d’un lieu commun.


L’auteur

Martine Sonnet, née en 1955, est ingénieure de recherche en histoire au CNRS. Elle a publié, notamment : L’éducation des filles au temps des Lumières (Cerf, 1987) et Chronologie de la France moderne (Que sais-je n° 3178, PUF, 1996). Elle a également contribué à plusieurs ouvrages collectifs dont l’Histoire des femmes dirigée par Georges Duby et Michelle Perrot (Perrin, 2002) et Histoires d’historiennes (PUSE, 2006).
Mais c’est avec Atelier 62 (publié à nos éditions en 2008) qu’elle a fait ses débuts en littérature : rendant grâce à la figure de son père, artisan campagnard devenu ouvrier en ville, ce récit croise les souvenirs d’enfance avec les traces écrites, seuls vestiges d’un monde englouti : celui des forges de l'usine Renault à Billancourt.


Extrait

Inscrite sur elle-même dans sa grande largeur, en lettres capitales ma gare capitale. Lettres si sûres d’elles, des mots et du texte qu’elles composent qu’elles ont pris leurs distances (je me souviens de l’impératif «prenez vos distances» qui ouvrait les cours de gymnastique — et les bras tendus à l’horizontale le pauvre alphabet que nous dessinions, cuisses maigres échappées de shorts flottants forcément coton marine, hauts blancs, baskets blanchies à la craie). Corps typographique solide au fronton, jamais de lettre à terre, ni décrochée ballant dans le vide, ni même éteinte — comme si souvent aux enseignes commerciales et ma pitié pour les mots amputés jusqu’à ce que, échelle à l’appui ou nacelle suspendue, on finisse par rétablir leur sens. Caractère affirmé, sans effets déliés ni pleins. Trait régulier et sobre, angles et arrondis juste pertinents. Du vocabulaire de gare sur lequel je bute celui des belles lettres m’est encore le plus familier. Lettres lumineuses par elles-mêmes comme autant d’objets de rêves nervaliens. Chacun sait que dans les rêves on ne voit jamais le soleil, bien qu’on ait souvent la perception d’une clarté beaucoup plus vive. Les objets et les corps sont lumineux par eux-mêmes. À l’intérieur de la gare, de la même main, du même corps, ils ont tracé le seul mot accueil. Partout ailleurs, grande avarice typographique. Sur les pilastres latéraux, saillants en façade parvis, une police sans style ni relief, lettres grises sur béton gris, encre invisible non sympathique, inscrit des noms de villes desservies, distribués en colonnes. Voyageant dans l’ordre, de gauche à droite et de haut en bas, on irait de Bayonne à Tours en passant par Tarbes Pau Toulouse Montauban Agen La Rochelle Niort Bordeaux Angoulême Poitiers Chatellerault Les Sables d’Olonne Quimper Lorient Vannes Saint-Nazaire Nantes Angers Saint-Malo Brets Saint-Brieuc Rennes Laval et Le Mans. Exercice de gare : la lire in extenso.

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www.martinesonnet.fr