Gérard Macé

aux éditions Le temps qu'il fait


Éthiopie, le livre et l'ombrelle
Gérard Macé
Textes et photographies. Mai 2006. 176 p., 16,5/24 cm.
ISBN 2.86853.457.0 —
25,00 euros.
Tirage de tête : 30 ex. numérotés accompagnés d'une photographie originale signée par l'artiste. 125,00 euros
Photographies en vente ici
Quand les peuples ne croient plus aux fables qui font d’eux des êtres supérieurs, ils ont encore la passion de l’origine, qui les fait remonter au déluge, ou descendre de la plus haute antiquité. Les Éthiopiens n’échappent pas à la règle, qui n’aurait pas d’intérêt si elle ne donnait naissance à des fictions qui font rêver, à des évangiles auxquels on est prié de croire, à des épopées qui fabriquent les grands hommes. Mais pourquoi Noé, pourquoi Remus et Romulus, pourquoi Vercingétorix ? Et pourquoi la reine de Saba ?
Des deux côtés de la mer Rouge ( d’un côté la civilisation du Nil, qui ne se résume pas à l’Égypte ; de l’autre, les terres infertiles où le monothéisme a cru triompher des idoles ), l’existence légendaire de la reine de Saba n’a jamais connu d’éclipse, et le sceau de Salomon n’a cessé de briller, comme une étoile fixe dans la nuit plus ou moins claire des origines, mais aussi comme un porte-bonheur et un sceau de justice. Cependant, pour que le couple qui symbolise, dans cette région de l’Orient, l’alliance de la beauté et de la foi, devienne l’origine ancestrale de tout un peuple, il a fallu qu’un roi s’en mêle, et décrète que cette fiction venue de loin serait l’imaginaire partagé par tous.
Un autre roi bâtit une nouvelle Jérusalem, devenue un lieu de pèlerinage et de dévotion, et ce lieu sacré porte désormais son nom de Lalibela. C’était à la fin du XIIème siècle, au moment où Saladin reprit la vraie Jérusalem : craignant la destruction des lieux saints, Lalibela décida de construire sur les hauts plateaux, en creusant la roche, un ensemble qui se voulait une réplique du Sinaï, du Jourdain et des principales églises de la ville sainte. On y accourt aujourd’hui les jours de fête, mais c’est quotidiennement un lieu de lecture et de prière, de recueillement dans des églises qui ressemblent à des grottes consacrées, ornées de bâtons, de croix, et surtout de tissus ordinaires, des imprimés à fleurs qui prennent dans la pénombre une allure royale, et qui cachent des peintures où le Christ apparaît peu.
Pendant la messe, à Gondar
Écrivez, on vous répondra
Gérard Macé
Pamphlet.16 p. 13/17 cm.
Novembre 2005. ISBN 2.86853.453.8
3,00 Euros
En ligne, le texte intégral de ce pamphlet.
Il n'est plus un programme électoral qui ne promette le bonheur pour tous et la fête permanente Mais quelques élus scrupuleux passent quelquefois aux travaux pratiques...»
Un citoyen farceur écrit aux édiles de Paris pour leur proposer une idée absurde qu'ils ont déjà eue. Et c'est la preuve par neuf — s'il était encore besoin — que le ridicule ne tue pas la politique , ni la sottise des élus.
Mirages et solitudes
Gérard Macé
Photographies.
96 p. 16,5/24 cm.
Avril 2003. ISBN 2.86853.379.5
22,00 Euros
  « Le monde des apparences étant propice aux paradoxes, il nous semble que la réalité existerait un peu moins si nous n’étions capables de la retourner pour voir son envers et ses doubles, dans les miroirs, les images de rêve et les flaques d’eau : autant de phénomènes passagers, d’apparitions éphémères qui fixent l’attention en déplaçant son objet, exactement comme la métaphore allume des reflets dans le langage, provoquant une vibration autour des choses qui leur donne une aura. »
SAINT ÉTIENNE (site COURIOT)

La « salle des pendus » est un vaste hangar qui tient de la nef et de l'atelier, et qui servait de vestiaire aux mineurs, de lavabo quand ils remontaient du fond. Le sol carrelé, les bancs métalliques et percés comme des pommes d'arrosoir, tout est prévu pour être aspergé à grande eau, afin d'évacuer la poussière du charbon mêlée à la sueur et au savon. Mais il faut faire un effort pour imaginer le va-et-vient des équipes, les rires, les cris, les bourrades et les coups de gueule, car le lieu mal éclairé par le jour latéral, qui vient d'en haut, invite aujourd'hui au recueillement, surtout quand on lève les yeux vers les centaines d'habits suspendus, flasques et hors d'usage, qui ne réchaufferont plus aucun corps. Relié par une chaîne à un cadenas numéroté, ces reliques profanes sont autant de mannequins de chiffons (plus de mille quand la mine était active), des pantins accrochés au plafond comme un décor dans les cintres, mais de la pièce qui s'est jouée là il ne reste plus que ces costumes d'acteurs, le casque et les claquettes à la place du masque et des cothurnes. Des acteurs qui furent les martyrs d'une religion sans espérance, la religion du travail, et qui sont aujourd'hui les figurants d'une résurrection ratée, ce qui ne les empêche pas d'être les fantômes réussis d'un émouvant lieu de mémoire, à la fois réaliste et transfiguré.
BARCELONE, 2001

Était-il encore vivant, cet homme enroulé dans un rideau, comme d'autres dans leurs rêves ou dans leurs draps ? Le visage creusé par la fatigue, l'ivresse ou la drogue, il donnait l'impression d'avoir fabriqué son propre reliquaire, ou d'avoir tissé une chrysalide pour renaître en momie inca, comme celle qu'on promenait une fois par an dans les rues de la capitale, le visage recouvert d'or.
C'est quand j'ai vu sa poitrine se soulever légèrement que j'ai pu arrêter ma propre respiration, pour appuyer sur le déclencheur.
Images & signes
Lectures de Gérard Macé
Cahier quinze préparé par Serge Boucheron, Jean-Louis Lampel et Nicolas Ragonneau.
Textes, études, témoignages. 160 + 28 p. hors-texte 16,5/24 cm.
Avril 2001. ISBN 2.86853.330.2
23,00 Euros
Saluer l'écrivain, c'est d'abord reconnaître que l'œuvre qui se construit sans plan prémédité, mais avec une grande rigueur, n'est pas une simple succession de livres. L'œuvre de Gérard Macé grandit selon la seule nécessité intérieure, dans son unité et sa diversité, forte de sa cohérence, à l'écart des modes bruyantes et des courants éphémères.
L'écriture de cette œuvre est toute entière traversée par la fascination de l'image, de l'image sous toutes ses formes : du simple mot (mot, hiéroglyphe, idéogramme), à l'image poétique (comparaison, analogie, métaphore) et à la représentation (photographie, peinture, cirque, cinéma). Mais cette fascination n'enferme pas Gérard Macé dans le souci de la pure forme : elle est aussi le reflet d'une attention au monde réel, qu'il observe à la fois en esthète et moraliste. D'où l'inquiétude et l'ironie, la mélancolie, et ce que l'on pourrait appeler une douce intransigeance.
Contributions de Giorgio Agamben, Françoise Asso, Lokenath Bhattacharya, Marc Blanchet, Richard Blin, Manuel Cajal, Henri Cartier-Bresson, Pierre Chapuis, Pietro Citati, Florence Delay, Charles-Henri Favrod, Yves Hersant, François-Xavier Jaujard, Hassan Massoudy, Patrick Mauriès, Pierre Michon, Carlo Pasi, Jérôme Prieur, Jacques Réda, Jean Starobinski, Frédéric Wandelère. Photographies et textes inédits de Gérard Macé. Bibliographie.
Ce qui nous attire dans la prose de Gérard Macé, c’est un mélange d’intelligence, de subtilité, de douceur et d’inquiétude — cette inquiétude propre à l’Ile-de-France, pleine d’élégance et pourtant si déchirante, qui fut exprimée pour la première fois par Gérard de Nerval. Et ce qui reste dans la mémoire après la lecture de Bois dormant, son livre de poèmes en prose, c’est une musique d’une richesse inouïe, qui résonne entre les ombres du ciel et des enfers : celle d’une voix lente que prolongent, comme autant d’échos, les assonances et les rêves.
Cependant Macé est un écrivain qui se cache. La musique céleste et souterraine à la fois tend à se pétrifier en une forme apparemment classique, recueillant l’héritage de Chateaubriand, de Flaubert et de Proust, mais à peine compose-t-il cette magnifique prose que quelque chose en lui se rebelle. Il voudrait davantage, il voudrait une langue abolie, faite de vide et de cris d’insectes, de chants d’oiseaux, de songes inexprimés, de pensées informes (...)

Pietro Citati



La photographie sans appareil
Gérard Macé
Texte & photographies
64 p. 16,5/24 cm.
Janvier 2001. ISBN 2.86853.324.8
18,50 Euros
« On n'a pas besoin de photographier depuis longtemps pour éprouver, devant certaines images qu'on a prises et qui sont autant de preuves en main, l'étonnement d'avoir été là.
Photographier, c'est s'entraîner à l'absence, mais en laissant des traces.»

« J'ai appris à aimer cet art plus léger que tous les autres, et qui ne s'apprend nulle part, car la sensibilité ne s'enseigne pas, le tact encore moins ; or le photographe est bien vite un chien dans un jeu de quilles, ou un somnambule prêt à bousculer le fragile château de cartes que le réel a édifié pour lui, l'espace d'un instant qui ne reviendra pas. »
Le singe et le miroir
Gérard Macé
Proses. Dessins originaux de Sam Szafran
56 p. 14/19 cm.
octobre 1998. ISBN 2.86853.290.X
7,50 Euros
À l'intérieur du navire on voit encore les sièges de velours rouge et la moquette à fleurs; le cinéma où l'on projetait Potemkine, la bibliothèque envahie par les plantes à cause de la lumière dans la salle de lecture. Et sur les flancs de l'énorme paquebot une inscription en cyrillique : le nom de son port d'attache à l'entrée de la mer morte.

Même de nuit vous reconnaîtrez la masse noire de l'Odessa, c'est le seul navire à ne pas être illuminé. Mais certains soirs vous entendrez des chants de cosaque : ceux qui parlent du retour à la maison, des chevaux morts de fatigue et de la neige qui ne fond jamais.

Depuis deux que le paquebot est à quai l'ingénieur a passé ses nuits à lire Dante et Boccace, mais sans un verre de vodka l'ivresse est lente à venir.

Quand il est las de jouer aux échecs, le capitaine se souvient qu'autrefois l'empire était gouverné par une main de fer, une main qui n'a jamais enfilé de gant de velours. Dans la débâcle du siècle il attend le jour où le navire sera vendu aux enchères, avec les matelots et leurs rêves qui s'envoleront sous le marteau.

Enterré vivant dans la carcasse de l'Odessa où sa cabine est ornée de natures mortes et de femmes nues, le capitaine ouvre parfois son armoire pour regarder dans la glace le temps qui ne passe pas.
Ne lui racontez pas l'histoire d'Ulysse : en grec elle le fait rire, en russe elle le rend fou.


À l'occasion de cette petite exposition sur « la toile », L'académie des chats, hors commerce paru pour la Noël 2001, vous sera offert pour tout achat de livres ou de photographies de Gérard Macé.