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* Cécile Beauvoir est née en 1967 à Clermont-Ferrand où elle vit et écrit. Après avoir enseigné langlais pendant treize ans, elle publie en 2002 son premier recueil de nouvelles, Envie damour, aux éditions de Minuit. Suivront ensuite Louise Lullin (roman, Arléa, 2003), Le chemisier (nouvelles, Arléa, 2004) et Avec toi (roman, Arléa, 2005).
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Pieds nus dans le jardin
« Je te revois, dans ta chemise de nuit à fleurs, les pieds nus dans la salle de bains. Tes longs cheveux défaits que tu brosses, devant le miroir. Il est tôt. Cinq heures, peut-être. La cloche a sonné. Dans le dortoir, dautres dorment encore. Tu te brosses les dents. Tu sens bon.
Plus tard, tu dis rejoins-moi sous le hêtre-pleureur, dans le jardin. Assises dans lherbe, sous les feuilles. Cest une maison pour les fées, tu dis. Comme toi et moi. Tu portes une longue robe. Tu joues avec tes tresses. Tes yeux sont bleus. Tu me souris.
Plus tard encore, tu marches à mes côtés dans le verger. Le soleil sest couché. La terre est chaude. Un brin dherbe entre les dents, on vient darroser les fleurs. Dans le dortoir, dautres dorment, déjà. Les fées sendorment sur des tapis de mousse, tu dis. Le vent dans tes cheveux défaits.
Le chat couché près de moi, sur le lit, je técris. Tes longs cheveux, tes pieds nus, ta chemise de nuit à fleurs, tu me souris. On sest cachées dans la cabane à outils dans le jardin. Cest un abri pour toi et moi. Dehors poussent les citrouilles les navets et les capucines senroulent autour des tomates des museaux des souris qui se changent en licornes, par la lucarne, vois, le soleil dans les branches, les reflets dor sur leau de pluie dans le grand fût rouillé où tremper nos bras nos arrosoirs, vois, les belles fraises cachées sous leurs feuilles, je men vais pieds nus nous en cueillir une poignée pour ta bouche, comme un rouge à lèvres, comme quand on sera grandes, vois, jai écrasé une tomate, pour tes joues, viens, trempons les bras dans le grand fût rouillé, leau est fraîche encore, plein larrosoir pour rincer nos pieds nus, les petits cailloux entre les orteils, regarde le soleil sur tes jambes, à travers la chemise de nuit, le soleil dans tes cheveux, sur ta peau, tes taches de rousseur, regarde-toi dans leau du grand fût rouillé, regarde comme tu es belle.»
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