Parution Septembre 2007
 

 

* Cécile Beauvoir est née en 1967 à Clermont-Ferrand où elle vit et écrit. Après avoir enseigné l’anglais pendant treize ans, elle publie en 2002 son premier recueil de nouvelles, Envie d’amour, aux éditions de Minuit. Suivront ensuite Louise Lullin (roman, Arléa, 2003), Le chemisier (nouvelles, Arléa, 2004) et Avec toi (roman, Arléa, 2005).

 

 

Cécile Beauvoir
Pieds nus dans le jardin
Récits.
2007. 96 p., 14/19 cm. — 15,00 Euros
ISBN 978.2.86853.494.1

Pieds nus dans le jardin réunit une vingtaine de courts récits écrits dans un style musical et familier, souvent sensuel, toujours incisif.
Ce sont les simples éclats de la vie ordinaire — ici le souvenir d’une émotion, là les traces du temps sur la peau, le désenchantement de la «première fois», la tendresse d’une lettre à un ami jamais rencontré — qui permettent à l’auteur de «creuser de tout son corps» et de chanter les «trésors des fonds des mers et de l’enfance», de tenter de bâtir une liberté fragile, d’accueillir la tendre violence nécessaire à toute écriture — à toute vie consciente.
Pieds nus dans le jardin

 

« Je te revois, dans ta chemise de nuit à fleurs, les pieds nus dans la salle de bains. Tes longs cheveux défaits que tu brosses, devant le miroir. Il est tôt. Cinq heures, peut-être. La cloche a sonné. Dans le dortoir, d’autres dorment encore. Tu te brosses les dents. Tu sens bon.
Plus tard, tu dis rejoins-moi sous le hêtre-pleureur, dans le jardin. Assises dans l’herbe, sous les feuilles. C’est une maison pour les fées, tu dis. Comme toi et moi. Tu portes une longue robe. Tu joues avec tes tresses. Tes yeux sont bleus. Tu me souris.
Plus tard encore, tu marches à mes côtés dans le verger. Le soleil s’est couché. La terre est chaude. Un brin d’herbe entre les dents, on vient d’arroser les fleurs. Dans le dortoir, d’autres dorment, déjà. Les fées s’endorment sur des tapis de mousse, tu dis. Le vent dans tes cheveux défaits.
Le chat couché près de moi, sur le lit, je t’écris. Tes longs cheveux, tes pieds nus, ta chemise de nuit à fleurs, tu me souris. On s’est cachées dans la cabane à outils dans le jardin. C’est un abri pour toi et moi. Dehors poussent les citrouilles les navets et les capucines s’enroulent autour des tomates des museaux des souris qui se changent en licornes, par la lucarne, vois, le soleil dans les branches, les reflets d’or sur l’eau de pluie dans le grand fût rouillé où tremper nos bras nos arrosoirs, vois, les belles fraises cachées sous leurs feuilles, je m’en vais pieds nus nous en cueillir une poignée pour ta bouche, comme un rouge à lèvres, comme quand on sera grandes, vois, j’ai écrasé une tomate, pour tes joues, viens, trempons les bras dans le grand fût rouillé, l’eau est fraîche encore, plein l’arrosoir pour rincer nos pieds nus, les petits cailloux entre les orteils, regarde le soleil sur tes jambes, à travers la chemise de nuit, le soleil dans tes cheveux, sur ta peau, tes taches de rousseur, regarde-toi dans l’eau du grand fût rouillé, regarde comme tu es belle.»