Parution Septembre 2005
 

 

* Jean-Marie Kerwich est gitan, et comme beaucoup d’entre eux la seule école qu’il ait vraiment fréquentée est celle de la route, de la musique et du cirque. Il a travaillé de nombreuses années avec le cirque Alexandre Romanes où il rencontra Lydie Dattas, Christian Bobin et Jean Grosjean. Nous avons publié Les jours simples en 1997, livre que nous rééditons aujourd’hui très largement augmenté d’inédits.

Jean-Marie Kerwich
L'ange qui boite précédé de Les jours simples
Proses. Préface de Lydie Dattas
Septembre 2005, 168 p., 14/19 cm — 17,00 Euros.
ISBN 2.86853.439.2

« La moisson te fait payer très cher ta soif. Le soleil te fait comprendre que l'eau est un trésor précieux. Chaque goutte d'eau est de l'or. J'ai vu des jeunes gens pleurer pour avoir de l'eau, abandonner la fourche, et ne pas même se retourner pour récupérer une gourmette en or tombée d'un poignet.
  « Jean-Marie Kerwich arrive dans le langage par un chemin vierge, que n’ont foulé avant lui ni les religieux, ni les lettrés, ni même étrangement les poètes. La joie si pure que donne son écriture angélique vient de ce qu’elle ne lui fut pas enseignée par les hommes mais par le ciel. Son verbe en porte l’infalsifiable cachet azuré. Cette joie est aussi celle qu’éprouve le voyageur perdu devant une oasis. Comment ne pas entendre, dans la désertification spirituelle grandissante du monde, sa voix comme le murmure inespéré d’une source ? Une fois de plus c’est le sauvage qui nous instruit, le blessé qui nous soigne, le déshérité qui nous comble. »

Lydie Dattas

« J’ai vu un ange qui boitait. Il m’est apparu simplement : j’étais assis sur un banc et je voulais allumer du tabac. L’ange me vit et vint allumer mon tabac. Je sais maintenant que tous les hommes devraient boiter. Mais qui en ce monde mériterait d’avoir cette magnfique démarche ? Les prétentions, les audaces, les parades sont à présent à mes yeux les vraies infirmités.
(…)

La douleur était mon professeur de lettres. J’étais le premier des derniers, au fond de la classe. Je me revois les bras croisés sur mon pupitre. Sur mon cahier j’écrivais des pensées qui ressemblaient à des chemins de blé. Chaque phrase était pareille à une feuille morte ou un caillou qui devenait un poème — quand je ne savais même pas ce qu’était un poème.
(…)

Parfois je voudrais offrir à ma pensée de jolis mots pour la vêtir, mais elle n'en veut pas : si je maquille ma vérité, le maquillage ne tiendra pas sur le visage de mon poème. »