Parution Septembre 2004

 

Éric Pistouley est né en 1961 en Gironde. Il vit au pays basque et partage son temps entre l’enseignement et l’écriture. Son premier ouvrage publié, Une poétique du livre, est paru en 2003 à nos éditions.

 

Éric Pistouley
Lettres de Ré
Roman. Précédé d'un avertissement.
Septembre 2004, 80 p., 13/17 cm — 10,00 Euros.
ISBN 2.86853.399.X

« Ces lettres sont des lettres volées.
J’ai fait cela pendant des années, dévaliser les boîtes électroniques. Sans rien emporter, sans que le destinataire n’en sache rien. Par jeu, par envie de voir à travers les murailles. Rien ne m’arrêterait. J’ai appris des langues, des tas de langues rien que pour traduire les petits secrets de parfaits inconnus, mais au bout je croyais entendre le murmure de toute la terre.
Et puis j’ai surpris une lettre d’amour. On en rencontre tant !, et si l’on compte toutes celles qui ont pu s’écrire depuis que l’homme écrit… Mais voilà, celle-ci, je suis tombé dans le vieux piège, j’ai attendu la suite. Il n’y en a eu que quatre. »
Ces mails sont des lettres d’amour intense écrites par une femme qui évolue entre Paris et l’île de Ré, adressées en Nouvelle-Zélande à un homme qui n’y répond pas. Cette épistolière n’est pas une religieuse, c’est peut-être une artiste, c’est sans doute une amoureuse moderne — hors du temps néanmoins, en dépit même de l’« expérience » sentimentale qui est la sienne et du regard désabusé qu’elle finit par porter sur ce qu’elle éprouve.
« … On savait ce qu’on gardait de l’autre ensuite, un bout d’illusion qu’on avait démasqué, une vieille cachotterie insignifiante qu’il avait emportée ; je pensais à ce qu’il dirait de moi à d’autres amantes. Je me trompais peut-être, mais eux aussi ont dû se tromper. Tandis que je ne parviens pas à imaginer ce que tu gardes en toi, j’ignore ce que tu m’as pris, je sens que je continue de vivre en toi, car je ne vois pas clairement ce que je fais ici à part t’écrire, à part finir d’engloutir ce peu qui m’appartient encore dans ces mots qui vont être lus par toi. Que vas-tu faire de ça ? Que vas-tu faire de moi ? Pourquoi ce petit bout sans vie qui est là est-il coupé du principal, ce que tu as gardé ? Pourquoi ce rien que tu as négligé ( que je t’ai empêché de prendre ) est précisément ce qui peut parler, et penser, et souffrir ? Que j’écris mal ! Auras-tu envie de prendre ces mots, de tout réunir… Les reconnaîtras-tu seulement ? Dis-moi quelque chose par pitié ! »