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Parution Octobre 2009
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| Jean-Yves Laurichesse Les pas de l'ombre Roman 112 p., 14/19. Octobre 2009. ISBN 978.2.86853.525.2 16,00 Euros |
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| L'ombre d'un étudiant des années trente le survivant de Pace Monge erre dans les rues du quartier latin. Il a été orphelin dans un internat gris de province. Il sera prisonnier dans une froide région d'Allemagne. Dans ses pas, son fils imagine ce que fut sa jeunesse à partir de photographies, de poèmes, d'anecdotes. Il le rejoint au bout du chemin, où le présent se confond avec le mythe. |
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| « On le voit sur les photos, dans ses vingt ans, front haut, menton volontaire, lèvres sensuelles, regard intelligent derrière les petites lunettes rondes. Il arpenta le quartier des écoles au long des années trente. Il venait de la province, presque de la campagne, et dabord shabitua mal à Paris, son fleuve de pierre, ses arbres trop rares, ses petits messieurs poussés dans les grands lycées du vème arrondissement. Il y était né pourtant, non loin de là, mais naimait pas sen souvenir. Et même les quelques séjours quil avait fait enfant dans la capitale avec ses grands-parents navaient pu le raccorder à ces premiers mois de vie que la guerre avait tranchés. Il avait été remarqué au lycée par un jeune professeur de philosophie qui emmenait le jeudi quelques internes hors de la ville, pour de longues promenades si animées quils en oubliaient lheure et rentraient souvent trop tard pour le dîner. Cétait lui qui lavait poussé vers laventure parisienne. Il eut au début la nostalgie des collines aux épaisses châtaigneraies parmi lesquelles il avait grandi. Sur les pentes de cette fausse montagne depuis si longtemps déboisée et murée, les eaux vives qui couraient le matin au long des trottoirs lui rappelaient parfois dautres ruisseaux. Il habita dabord chez son parrain, un oncle du Cantal qui exerçait le métier de représentant, au cinquième étage dun bel immeuble du XIIème arrondissement donnant sur un square orné dun kiosque à musique. Le souvenir de ses parents disparus resserrait autour de lui la sollicitude familiale. La cuisine de la marraine ressemblait à celle quil avait si souvent goûtée dans le petit hôtel-restaurant de campagne où il avait passé des vacances heureuses avec ses cousins. Ce cocon de bourgeoisie demeurée provinciale lui fut au début un réconfort. Mais il ne tarda pas à étouffer dans ce milieu aux vues étroites, entre ces deux êtres sans enfant qui laimaient et ne le comprenaient pas, alors quautour de lui se déployait un monde nouveau. Pour un jeune homme fraîchement débarqué dans la capitale, ayant grandi dans des vallées étroites, celle du village denfance, puis celle de la préfecture grise, lhorizon sétait brusquement élargi. Il eut pour maîtres Alain, Nabert, Lavelle, dont on voyait les livres à la vitrine des libraires, ce qui leur conférait, en même temps que le prestige de la pensée, une forme dirréalité. Il saccrochait à létude, soucieux de ne pas décevoir ceux qui, là-bas, pensaient à lui avec la fierté inquiète des familles demeurées au port. Parfois la force lui manquait, mais limage dune vieille femme agenouillée sur un prie-dieu lui redonnait courage, et il se replongeait dans les livres, les dictionnaires, les notes de cours étalés sous la lampe. La tête dans les mains, il progressait dans le roncier des savoirs avec la ténacité qui lui venait de ses ancêtres, issus de vieilles terres quil avait fallu de siècle en siècle arracher aux griffes dune nature sans aménité. Par la fenêtre ouverte sur la nuit de juin, la rumeur de la ville lui parvenait, pleine dun mystère confus, et son cur se gonflait comme une voilure quil lui fallait réduire durement pour quelle ne lemporte pas trop loin des pages grises, car le cur toujours en lui le disputait à lesprit. Très tard enfn il se couchait et abandonnait son corps aux rêves. Les passants se font plus rares dans les rues étroites. Il soriente sans trop savoir, remontant dinstinct vers les sources. Il sattarde un moment devant la vitrine dun magasin de livres anciens dont on distingue mal lintérieur déjà obscur, où dort linfni des pages. Il reconnaît, défraîchies par le temps et lusage, les couvertures blanches à fin liseré rouge de la Nouvelle Revue Française, les brochures à prix modique du « Livre moderne illustré » ou du « Livre de demain », ornées de bois gravés aux clairs-obscurs anguleux. Un exemplaire de La Condition humaine est exposé sur un présentoir, surmonté dun bristol : Édition originale. 300 ¤. Il se souvient de ses quêtes dadolescent dans la bibliothèque familiale, de ces livres portant en diagonale sur la page de garde le même nom inscrit à lencre noire, le lieu et la date soulignés dune torsade, comme la trace même de la jeunesse de son père. Il imagine la petite bibliothèque détudiant composée mois après mois, létagère se remplissant, débordant sur une autre, puis une autre encore, mur de papier construit de haut en bas, édifiant peu à peu autour de lui une demeure habitable. » |
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