Parution Octobre 2004
 


*  Né en Argentine en 1929, Arnaldo Calveyra vit en France depuis 1961. Poète, romancier et dramaturge, il a publié ses premiers textes traduits en français dans Les Lettres Nouvelles en 1972 et la N.R.F. en 1980. Parmi ses nombreuses publications en France : Lettres pour que la joie (Actes Sud, 1983), Le lit d’Aurélia (id., 1989), Anthologie personnelle (id., 1994) et Maïs en grégorien (id., 2003).

Arnaldo Calveyra
Livre des papillons
Poèmes. Traduction de l'espagnol (Argentine) et postface d'Anne Picard
Octobre 2004. 160 p., 14/19 cm. — 16,00 Euros.
ISBN 2.86853.396.5

Composée en 1962, cette suite de poèmes a été publiée en Argentine en 2001. La disparition maternelle, en suspens ou pressentie dans Lettres pour que la joie, devient ici réalité. Souvent concentrée sur des choses simples, des choses d’ici, la poésie d’Arnaldo Calveyra a la palette douce des toiles de Giorgio Morandi. Comme le peintre, le poète fraye un passage singulier à la lumière et nous fait entrevoir la lueur des choses sur fond de nuit. Une conscience très aiguë de la finitude et de la mort affleure, avec, au final, quelque chose de prodigieusement calme. Un voile semble déposé sur les lieux et les êtres, et l’on songe au mot pudeur. (A.P.)
No me dejes sin mi silencio, te pedí, no te lo lleves todo, que no me quede con el tuyo todo, solo.

Que cuando no me acabe de haber ido me posea mi silencio mudo.

Porque puedas oírme cuando no me acabe de haber ido.


Ne me laisse pas sans mon silence, t’ai-je demandé, ne l’emporte pas en entier je ne veux pas rester avec tout le tien, tout seul.

Tant que je n’en finirai pas d’être parti que me possède mon silence muet.

Pour que tu puisses m’entendre tant que je n’en finirai pas d’être parti.
He dado en esta piedra y el agua anda cerca. Camino con los últimos colores de la mano. Vecina y vecino. Agua cercana de fuego, azul fuego grande, piedra que viene rodando despacio, despacito, mientras caen los brazos y cae la cabeza y ruedan hacia tí ( ¿ hacia mí dormido ? ) estas palabras en lo solo.

J’ai heurté cette pierre et l’eau est tout près. Je marche les dernières couleurs à la main. Voisin voisine. Eau près du feu. Grand feu azur, pierre qui roule doucement, tout doucement tandis que tombent les bras, tombe la tête et que roulent vers toi ( vers moi qui dors ? ) ces mots au-dedans du seul.