Parution Octobre 2007


* Pascal Commère, né en 1951, travaille en Bourgogne. Il vit à la campagne, écrit régulièrement et publie depuis 1978. Bourse Del Duca pour son premier roman ( Chevaux, Denoël, 1987 ) et Prix de poésie Guy Levis Mano 1990. Après son plus récent livre de poèmes, Passage d’un dix cors au lieu-dit Goulet du maquis, chez Obsidiane en 2006, il fait paraître le recueil Graminées en même temps que le présent volume à nos éditions, auxquelles il avait précédemment donné deux livres de « salutations » : La grand’ soif d’André Frénaud, 2001, D’un pays pâle et sombre, 2004, et trois recueils de récits : Solitude des plantes, 1996, Le grand tournant, 1998 et Le vélo de saint Paul, 2005.

 

Pascal Commère
Les commis

Proses
64 p. 14/19.
2007. ISBN 978.2.86853.489.7
12,00 Euros
L'édition originale de cet ouvrage a paru en 1982 aux éditions Folle Avoine

 La mort leur a légué du trèfle, des luzernes, l’usage à l’église d’un banc où ils ne s’assoient pas. Le sourcil bas l’œil noir comme une grange, un droit sur les filles des commis qui sont joueuses et le cachent bien. Leurs mères l’étaient aussi sont en noir, se disputent quand le soleil descend au fond des cours la confiance brutale des maquignons.

Les enfants se glissent facilement derrière leurs yeux, ils les ouvrent alors pour réchauffer les chambres. Les commis sont près des mares cassent la glace avec des pics, tout à l’heure ils suivront les bêtes qui flairent l’eau avant de boire. Les femmes auront
entre-temps retourné les poches des pâtures, le soleil parfois y descend sa monnaie n’a plus cours. Très tôt d’ordinaire les hommes rentrent avec la neige la tête dans les collines.
 «Ils dorment à plusieurs dans des chambres éteintes. Renversés, sans frissons comme des armes noires.
Ils n’ont sur eux ni lumière ni argent. C’est pour cela qu’ils dorment et sont inapprochables par ceux qui ont choisi de vivre en pleine lune loin des basses maisons accolées au bétail. Si bas le toit les a défigurés.

Le ciel est un vieillard dont la charge revient chaque semaine aux femmes. À l’œuvre comme des maladies elles vivent par derrière, ont des mains partout dans les cuisines. Les fenêtres sont fermées, tricotent les nuages. Elles tendent les bras vers le soleil où est mis à sécher le linge domestique, cependant qu’assis dans leur ombre autour des yeux se plissent les vieux étalonniers dépouillés de leur blouse.

La nuit tombée les bêtes viennent boire dans les fenêtres, dérangent si peu les hommes. Ils dorment plus bas sur des rêves de poussière, sont des bornes que le soir décale. Le front des femmes dans l’ombre est un cadastre diffcile. Ils ont bonne conscience pourtant, leur barbe pousse. Leur chambre s’éteint la première, les autres suivent. Sous la lune les bêtes ont des collines sur le dos. »