Parution Octobre 2008
 

 

* Né à Namur en 1939, Jean-Claude Pirotte passa son adolescence en Wallonie, Hollande et Bourgogne. Avocat pendant onze ans, il commence en 1975 une « existence plus ou moins vagabonde et clandestine dans la province française » dont il est profondément épris. Poète, romancier, chroniqueur, mais aussi grand lecteur et éditeur à l'occasion, il est l'auteur d'une œuvre de « veilleur distrait » dont dix volumes sont parus à nos éditions.

Jean-Claude Pirotte
Revermont
Poèmes
Octobre 2008, 112 p., 14/19 cm — 16,00 Euros.
ISBN 978.2.86853.505.4

Ecrit comme un journal entre octobre et Noël, sous l'invocation des écrivains aimés, ce livre de poèmes a des accents mélancoliques et même testamentaires. Chassée parfois par la lumière de ce coin du Jura que le poète habite, c'est pourtant l'ombre qui domine, propice aux ruminations de la mémoire et accueillante aux regrets. « Mais il nous reste un peu de rage / au cœur un brin d'amour humain / le tenace espoir que demain / nous serons élus par l'orage » — et la musique entêtante de la prosodie de Pirotte.
 le feu ne brûle pas
c’est un radiateur
qui gargouille parfois
comme s’il avait peur

comme s’il avait froid
les deux clochers d’Arbois
sonnent à la même heure
ce soir pas d’apéro

en face le carreau
du toit capte un dernier
reflet du jour d’octobre
et puis la cheminée

crache un peu de fumée
que le ciel enveloppe
et va porter ailleurs
comme lettre à la poste

 

*

 

mes joues pâles que la nuit creuse
mon visage au fond du dortoir
ma mémoire comme un miroir
déformant les joies épineuses

jeune homme aigri vieil impotent
jeune impuissant vieillard amer
la vie était belle pourtant
et les Wlles devant la mer

mais il nous reste un peu de rage
au cœur un brin d’amour humain
le tenace espoir que demain
nous serons élus par l’orage

 

*

 

le ciel intense par-dessus
les travaux et les jours futiles
et le bonhomme en pardessus
qui s’écroule comme un pantin

de qui l’on a coupé le fil
ni dieu ni diable le destin
ce vieux montreur de marionnettes
que jamais personne n’a vu

et qui redit le même texte
et qui tranche les fils ténus
qui tiennent les passants en laisse
par le col de leur pardessus

sans préavis sans nul prétexte
ce bateleur nous a pendus
comme autant de quartiers de graisse
et nous fondons dans l’inconnu

 

*

 

de très loin la voix de Perros :
la mort avance dans la nuit
j’entends la mort j’entends si proche
la voix morte et vivante de Perros

plus vive que morte la chanson
des poèmes bleus dans la nuit
plus mort que vif le garçon
que je fus dans mes demeures d’ennui

rien ne demeure d’aujourd’hui