Parution Novembre 2006
 

* Après des études en communication à l’Université Autonome de Barcelone de 1972 à 1977, Joan Fontcuberta travaille dans la publicité et le journalisme, et enseigne à l’université des Beaux Arts. Depuis 1974, il se consacre aux arts visuels, développant son travail créatif, une réflexion critique et théorique, ainsi qu’une activité de commissaire d’expositions.
En 1980 il est membre fondateur du Département de photographie à la faculté des Beaux Arts de Barcelone et en 1982 de la biennale nommée « Le Printemps Photographique ». À plusieurs reprises il est nommé commissaire d’exposition sur l’histoire de la photographie espagnole. En 1996, il est directeur artistique des rencontres Internationales de la Photographie en Arles.
En 1986, il quitte son poste à l’université ( 1979-1986 ) pour se consacrer entièrement à son travail personnel. En 1990, il est professeur invité et artiste en résidence à l’Art Institute de Chicago. Actuellement il enseigne à la Faculté de Communication audiovisuelle, à l’Université Pompeu Fabra. En 2003, il a été nommé intervenant dans le Département d’études Visuelles & Environnementales à l’Université de Harvard.
Ces deux activités, artistique et théorique, sont centrées sur le résultat de la représentation, la connaissance, la mémoire, la véracité, l’ambiguïté et le trompe-l’œil, explorant le documentaire et la dimension narrative dans l’image photographique ayant rapport aux médias. Parmi ses différents travaux quelques livres marquants : Herbarium ( 1985 ), Fauna ( 1988 ) et Sputnik ( 1997 ). En 1992, le musée I.V.A.M. réalise la plus grande publication jamais parue sur son travail, Histoire Artificielle (Historia Artificial). Il est auteur et éditeur d’une douzaine de livres traitants de l’aspect historique, esthétique et pédagogique de la photographie.
En 1994 il est nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres par le Ministère de la Culture en France.

Joan Fontcuberta & Jacques Terrasa.
Perfida imago

70 photographies en quadrichromie et vernis sélectif. Accompagnées de cinq essais de Jacques Terrasa.
Octobre 2006. 144 p. 21/25. — 32,00 Euros.
ISBN 2.86853.467.8

Tirage de tête : 100 ex. numérotés, sous emboîtage, accompagnés d'une photographie originale signée par l'artiste.
300,00 Euros

Ce livre sort à l'occasion de l'exposition des photographies de Joan Fontcuberta du 21 octobre 2006 au 10 février 2007 au Pavillon de Vendôme à Aix-en-Provence. Ce livre et l'exposition se composent d'une sélection d'œuvres datant de 1972 jusqu'à aujourd'hui

Les cinq essais de Jacques Terrasa ( réalisés d’abord dans un cadre universitaire ), ont été revus et corrigés pour la présente publication, et sont complétés par trois textes inédits. L’ensemble permettra d’apporter au lecteur la première étude approfondie sur l’œuvre de Joan Fontcuberta, de 1972 à nos jours, organisée autour d’une série de problématiques pertinentes pour la compréhension de son processus créatif.
À partir d’une approche quasi-exhaustive des différentes séries, seront étudiés les rapports entre nature et culture, entre vérité et fiction, entre mensonge et objectivité photographique, que Fontcuberta aborde en se livrant dans plusieurs séries à une véritable déconstruction parodique du discours scientifique. Souvent avec humour, il nous invite à nous interroger sur l’hybridité et le monstrueux, sur la double nature — indicielle et iconique — de l’image photographique, sur le jeu des références et des citations dans une perspective postmoderne, sur les enjeux de pouvoir liés à la falsification des images…
Le livre monographique sur l’œuvre de Fontcuberta que propose Jacques Terrasa est l’aboutissement d’une série de travaux qui ont leur origine en 1989, lorsque l’auteur exposait la série Herbarium sur les murs de l’Artothèque Antonin Artaud ( Marseille ), institution dont Jacques Terrasa a été membre fondateur et commissaire d’exposition jusqu’en 1992. Quelques années plus tard, comme enseignant-chercheur à l’Université de Provence et dans le cadre des travaux universitaires menés au sein du groupe de recherche EA854 « Études Romanes », il a réalisé plusieurs études sur l’œuvre du photographe catalan. D’une manière plus large, Jacques Terrasa dirige à Aix-Marseille les recherches de plusieurs doctorants sur les arts visuels dans le monde hispanique, et il organise des rencontres scientifiques sur le même domaine : une journée d’études sur la photographie espagnole en 2003 et un colloque international sur le cinéma espagnol en 2005 ( avec le soutien financier du Conseil Général des Bouches-du-Rhône ). La publication de ce livre permettra de rendre plus abordable et de donner une meilleure visibilité à une recherche commencée dans les laboratoires de recherche universitaire d’Aix-en-Provence. Mais le travail analytique et distancié du chercheur a pu être conduit grâce à une relation de confiance et d’amitié avec Joan Fontcuberta, qui s’est établie depuis près de vingt ans.
Miracles et Cie, 2002
L'œil de la nature, 1974.
« Joan Fontcuberta est l'une des figures majeures de la photographie européenne contemporaine. Parallèlement à son travail d'artiste, il a élargi son champ disciplinaire à la théorie, à l'histoire, à l'enseignement... Ses expositions personnelles se comptent par centaines et ses nombreuses publications à travers le monde lui ont apporté une notoriété incontestable. Voilà du moins ce que disent de lui les biographies autorisées. Mais derrière une barbe épaisse, Fontcuberta cache d'autres visages : ceux qu'il se donne dans différentes fictions photographiques qu'il invente depuis les années 1980. Ainsi lorsqu'il ne choisit pas l'un de ses hétéronymes, comme Jean Fontana, Ivan Istochnikov, Juan Garcia-Schrœder ou Han von Kubert, il apparaît sous son propre nom dans le rôle du reporter qui met à jour le scandale d'un monastère finlandais où l'on “fabrique” des miracles, ou bien dans celui du journaliste scientifique qui enquête sur la découverte des sirènes fossiles. Parfois il est un simple commissaire d'expositions qui présente les travaux photographiques inédits de Picasso, Miro, Dali ou Tapies. Il lui arrive même de se cacher derrière une fondation imaginaire, destinée à réhabiliter la mémoire historique de l'ex-URSS. “Ma notoriété comme artiste falcificateur est telle — dit-il —, que tout projet associé à mon nom est perçu dans le monde de l'art comme un projet de fiction.”
Mais pourquoi s'est-il construit cette réputation de hacker symbolique, de mystificateur, de fabricant de faux en tous genres ? Pourquoi se joue t-il ainsi de notre envie de croire à l'“objectivité” photographique ? Peut-être déjà parce qu'il est né à Barcelone au milieu des années 1950 et qu'il s'est retrouvé de ce fait dans une position assez marginale dans l'Espagne de l'époque. Car comment être catalan et avoir 20 ans lorsqu'un dictateur agonise, sans se retrouver d'emblée en porte-à-faux par rapport à un régime autoritaire et centralisé qui perdurait depuis quatre decennies. Ajoutons à cela des études en Sciences de l'information, dans un pays où la manipulation de celle-ci était la règle, et des origines familiales dans le monde de la publicité. Il semble logique qu'il ait voulu bousculer nos habitudes visuelles et nous amener à nous interroger sur l'ambiguïté propre à la représentation photographique, instillant le doute dans notre relation à l'image.