Parution Novembre 2009
 

 

* Marie Huot est née en 1965. Elle vit à Arles où elle est bibliothécaire. Après avoir animé pendant quatre ans une revue de poésie, elle a collaboré à divers périodiques et publié plusieurs recueils Les Gestes (Temps parallèle, 1984 ), Bleu (Telo Martius, 1992), Absenta (Prix Jean Follain, Le temps qu'il fait, 2004) et Chants de l'éolienne (2006). Elle publie dans le même temps Portrait de ma grand-mère en demoiselle coiffée (Le bruit des autres, 2009).

Marie Huot
Récits librement inspirés de ma vie d'oiseau
Poèmes
Novembre 2009, 80 p., 14/19 cm — 16,00 Euros.
ISBN 978.2.86853.526.9

Les Récits librement inspirés de ma vie d'oiseau terminent la trilogie ouverte par Absenta, poursuivie par Chants de l'éolienne.
Comme les précédents, ce recueil est une boîte emplie de voix perdues.
D'énigmatiques personnages sont ici rassemblés pour élever leur voix et raconter une histoire qui est peut-être la leur.
Rassemblés mais très égarés dans leur solitude.
Ils frappent, chacun contre la boîte pour y glisser leur petite chanson.
Ils sont nombreux, Icare, l'alouette, la femme-saumon, le montreur d'ours, la lingère et tous ces autres de ma vie d'oiseau auprès de qui je chante.
Ils se tiennent debout, immobiles, ils cherchent des yeux un lieu pour y déposer leur parole, comme les oiseaux les nids.
Un lieu pour élever enfin leur voix.
Tandis qu'un chœur de sirènes, plus bas, recoud point à point le chant des égarés.

 

Un chœur de sirènes traverse cette vie.
Écoutez notre prédiction meilleur que le sel.
Je suis l’habitante
J’alimente le feu du milieu de mon corps
De papiers froissés de chansons anciennes
De ce corps éclairé je suis l’habitante

De cette vie tenue là près d’un feu
Je suis l’habitante

Tel un poucet très patient
Je me suis réfugiée


Autrefois j’ai trempé mes seins
( le bout de mes seins )
Dans l’eau d’un lac paisible
Mes nuits étaient peuplées
Et chaque bête qui traversait mon rêve
Portait une prophétie

Autrefois
J’avais promis de ne rien dire
De tout ce qu’il m’était donné de voir
Et ainsi passaient les hivers silencieux
J’étais une enfant-facile
J’allais au-devant de ceux qui habitaient là
Et qui tous une fois au moins
Avaient croisé la route d’un sanglier

 

 

Cette nuit, éveillées, nous avons guetté d'une même oreille le fracas terrifiant de la proue qui déchirait l'horizon.
Je suis la riveraine

Aux questions de l’homme qui m’a ouvert la porte
Je ne réponds pas
Ou simplement d’un heureux geste de la main
Je ne veux pas que tout de suite il m’emporte
Dans son obscurité

Du silencieux monologue de l’homme je suis la riveraine


Me laissera-t-il entrevoir les rues basses de cette ville
Et le port par lequel il rêva de partir ?
Me laissera-t-il évoquer ce quai où les marins russes
Nous offraient des médailles ?

Je voudrais retrouver avec lui
Le violent souvenir de quelques bateaux sabordés
La nuit où l’âme de mon grand grand-père
Sombra corps corps et âme dans l’eau glacée

Alors je me coucherai
Soucieuse de notre commun lignage
Je m’étirerai considérablement au bord de cette mer enclose
Je serai un lit pour son corps
Une barque pour ses rêves
Et il me traversera pour rejoindre ses deux horizons
« Avons-nous connu la grâce et la fraîcheur d’être ? » demande notre sœur
« Avons-nous connu la joie vorace de toute bête vivante ? »
Quelque chose qui est notre réponse le vent emporte