Parution Novembre 2004

* Dans l'œuvre immense de Robert Doisneau que l'on découvre petit à petit, les « Bâtisseurs Chimériques » occupent une place à part. Un peu comme un jardin secret qu'il cultivait avec son ami et complice Robert Giraud.
Dans ses souvenirs, À l'imparfait de l'objectif, il leur consacre un chapitre entier et dans son atelier figurait en bonne place un chat de Marie Espalieu, son amie du Lot.
Ces photographies sont peu connues. Certaines ont donné lieu à des articles, quelques-unes ont été publiées individuellement, mais c'est la première fois qu'un choix consacré à ce sujet est présenté. Il est en grande partie composé d'images inédites.

La grande somme de Gilles Ehrmann, Les inspirés et leurs demeures, épuisée depuis longtemps, est très recherchée par les bibliophiles et les amoureux de cette forme d'art. Dans l'œuvre d'Ehrmann, elle s'inscrit dans la continuité de travaux sur les ateliers de Jacqmain, Léger avec Prévert, Jean Benoît, ou celui d'André Breton qui a donné lieu en 2003 à une publication avec un texte de Julien Gracq.
Une partie des images de ce livre est inédites.

Proche des surréalistes, amateur d’art, en particulier d’art populaire, Charles Soubeyran vit et travaille dans la région de Rouen, où il milite syndicalement et politiquement. Il participe activement depuis de longues années à faire connaître des artistes tel que le peintre Gaston Chaissac, mais également ses amis photographes : Gilles Ehrmann, Jean-Loup Trassard, Jean-Luc Chapin, etc…

Charles Soubeyran.
Les révoltés du merveilleux

50 photographies imprimées en deux tons, de
Robert Doisneau et Gilles Erhrmann
112 p. 21/25. 2004. ISBN 2.86853.417.1 25,00 Euros

« Ceux que Doisneau nomme les « bâtisseurs chimériques », Ehrmann les « inspirés », sont baptisés les « révoltés du Merveilleux » par Charles Soubeyran — qui a repéré une vingtaine de ces excentriques de l’art dans l’œuvre des deux photographes ( qui se sont du reste rencontrés sur cinq d’entre eux, le facteur Cheval et Gaston Chaissac notamment ). Ces irréguliers, « insoucieux du qu’en dira-t-on, choisissant leurs matériaux sans référence aux canons esthétiques de leur époque, qui ont construit leurs œuvres en totale liberté », ces artistes loin de toute correction esthétique, ces marginaux individualistes, représentants inconscients d’un véritable art populaire, ont naturellement passionné Ehrmann et Doisneau. Ils ont, par la photographie, donné une postérité à des originaux dont les œuvres déroutantes, faites de singularité et d’étrangeté, sont fatalement vouées à disparaître.
Le mérite de Charles Soubeyran est, non seulement d’avoir réuni ces archives croisées, mais encore de les présenter assorties de divers documents d’époque qui contribuent à donner sens à des pratiques créatrices qui sont le plus souvent considérées avec indifférence sinon dédain. »
Robert Doisneau. Fréderic Séron et ses chiens, 1953
« Pour la première fois ici, les deux photographes se trouvent côte à côte, et leur rencontre n’y est en aucune manière forcée. On constatera du reste que, sur les vingt œuvres visitées dans ce livre, cinq ( les plus marquantes peut-être ) l’ont été par tous les deux. Pour les autres, on imagine sans peine qu’il aurait pu en être de même : main dans la main sur ce sujet, les compagnons de la nuit sont parfois si proches l’un de l’autre
que certains confondent leurs images !
À y regarder de plus près, on constate que chacun a son regard propre, bien qu’ils soient également amoureux de leurs modèles, et donc à leur service. Doisneau et Ehrmann ont donné corps à l’épopée poétique errante des révoltés du Merveilleux, sans rien immobiliser ni expliquer. Grâce à eux, les modestes héros de cette aventure de l’esprit ont désormais un visage. »
« Installé à Rothéneuf, près de Saint- Malo, l'abbé Fouaré se livra alternativement durant des dizaines d'années à la sculpture sur bois et à la sculpture sur les rochers.
Épousant la forme même des rochers, l'abbé Fouéré, comme on a fait à Bomarzo, s'est emparé de l'espace pour y raconter des histoires de pierre.
On a cru longtemps que les rochers sculptés relataient l'épopée des corsaires. Il semble maintenat que ce soit bien qu'une simple chronique locale : un hommage aux grands personnages bretons. Il est vrai que la forêt de Brocéliande n'est pas loin.»
Gilles Erhmann. La Roche, La Haye, Gentilshommes
Gilles Ehrmann. Joseph Marmin
Gilles Ehrmann. Les musiciens
Robert Doisneau, Gaston Chaissac à sa fenêtre, 1952
« Planté dans ses sabots, Chaissac regardait vivre tous ces drôles de voisins qui le méprisaient et voyait en lui comme une sorte de jeteur de sorts. » (À l'imparfait de l'objectif, p. 130).