Parution Janvier 2007

*Né en 1971, Emmanuel Berry est un ancien élève de Serge Gal (Image-ouverte). Au cours de cette formation, il a rencontré Robert Frank et travaillé auprès de Paolo Roversi avec lequel il a noué une relation d’amitié. Plus tard, sa rencontre avec le peintre Jean-Pierre Pincemin fut pour lui déterminante. Il est également proche du photographe Yves Guillot.
Lauréat du Prix Ilford en 1994, son travail est régulièrement exposé (Carré d’Art en 2004, Centre d’Art de l’Yonne en 2006…). Les oiseaux de Sens est son premier livre.

Né en 1951, Pascal Commère travaille en Bourgogne. Il vit à la campagne, et publie régulièrement depuis 1978. Bouse Del Duca pour son premier roman ( Chevaux, Denoël, 1987 ) et Prix de Poésie Guy Levis Mano 1990. Ses livres de poésie sont publiés principalement par Obsidiane : Vessies, lanternes et bêtes cornues ( 2000 ), Bouchères (2003), Prévision de passage d’un dix cors au lieu-dit Goulet du Maquis ( 2006 ) entre autres. Il a fait paraître à nos éditions Solitude des plantes ( 1996 ),
Le grand tournant ( 1998 ), La grand’ soif d’André Frénaud ( 2001 ), D’un pays pâle et sombre ( 2004 ) et Le vélo de saint Paul (2005).

Emmanuel Berry
Les oiseaux de Sens

30 photographies imprimées en deux tons + vernis sélectif. Texte de Pascal Commère.
80 p. 21/25 cm.
2007. ISBN 978.2.86853.469.9
25,00 Euros

Tirage de tête : 30 ex. numérotés sous coffret toilé accompagnés d'un tirage piezo signé par l'auteur : 150,00 euros
Emmanuel Berry a photographié la collection d’oiseaux naturalisés du Musée de Sens, « formes d’animaux définitivement non voyants », méthodiquement offerts à nos fantasmes encyclopédistes et pourtant sentinelles semblant guetter pour l’éternité et nous renvoyant face à nous-mêmes.
Ses drôles de portraits sont accompagnés – en rien éventés – par la prose frappante et sensible de Pascal Commère qui leur fait escorte d’une fiction traversée d’oiseaux, vivants ou morts, et riche d’une profonde tendresse pour le destin des hommes les plus humbles et silencieux.
« Cette année-là les oies ni les grues ne passèrent. Du moins on ne les remarqua point. L’hiver débuta le huit décembre dans la nuit, je veux dire que la neige commença à tomber cette nuit-là. Pleine de désinvolture et de grâce, celle même qui l’habite quand elle tombe. Mais le mot est sans doute mal choisi. La neige ne tombe pas, elle voltige. À ceci près que pour nous, l’hiver avait commencé bien avant. Ou, pour être clair, avec la maladie de Maurice, à peine l’avait-on détectée, c’est-à-dire nommée et comment ne pas mentionner les examens, l’attente des résultats, émus que nous étions encore par la naissance de notre fille, trois mois auparavant. Qu’on me comprenne. Je ne cherche pas à confondre des événements étrangers, moins encore à les relier par un fil ténu. Simplement, un mois après ma visite au Muséum — un mois jour pour jour — mon beau-père entrait à l’hôpital. De ce jour, il ne se passa pas un seul instant sans que je pense à cette journée. Il faut le dire. Jusqu’alors j’avais vécu dans les trous, à l’écart du temps. Orvet fragile ( Anguis fragilis ), varan, dragon volant, emyde ornée, gecko des murs… L’automne nous rapproche de certains êtres, comme eux nous disparaissons parmi les feuilles. Iguane aux couleurs changeantes, ma gorge frémissait. Je le répète, j’étais venu au Muséum sans savoir ce que je cherchais. Une étrange impression persistait en moi, dont je définissais mal la nature ; une présence dont je ne savais rien. Quelque chose venait de m’être révélé, comète fragile — du moins j’en avais reçu le message. Fuyant la lumière électrique, mon regard se tournait vers l’ombre.
Puis j’étais ressorti. Unique visiteur de la matinée, la gardienne avait eu pour moi à midi un sourire de connivence. En vérité, les oiseaux seuls me retenaient. D’entrée j’en avais reçu cette image de guetteurs dont ils ne se séparent pas ; elle n’a cessé de me poursuivre depuis. Je n’avais pas encore assuré la garde à mon tour. »