Parution Novembre 2004
 

 

* Jacques Chauviré est né en 1915 près de Lyon où il a fait ses études. Il a été médecin généraliste pendant quarante ans à Neuville-sur-Saône où il vit toujours. En littérature, il fut l'ami de Jean Reverzy (qui avait été son condisciple), de Claude Roy et d'Albert camus (qui fit publier en 1958 son premier livre, Partage de la soif — réédité en 2000 par Le Dilettante.
Auteur de cinq autres romans publiés par Gallimard : Les passants (réédité en 2000 par Le Dilettante), La terre et la guerre, La confession d'hiver, Passage des émigrants, Les mouettes sur la Saône, et de deux recueils de nouvelles : Rurales (avec des illustrations de Jacques Truphémus, Maison du Livre de Pérouges, 1983) et Fins de journées (Le Dilettante, 1990).
Son récit inédit, Élisa, publié en 2003 à nos éditions, a rencontré un grand succès public.

Jacques Chauviré
Journal d'un médecin de campagne
(
1950-1959) suivi de Funéraires
Novembre 2004. 136 p., 14/19 cm. — 16,00 Euros.
ISBN 2.86853.413.9

Le journal inédit que Jacques Chauviré nous livre ici est un document de grande valeur sur un monde presque totalement disparu, et sur la vie intérieure d’un homme remarquable.
Tenu pendant dix ans — juste avant la publication de son premier roman —, il alterne les observations médicales et les réflexions littéraires. Il vaut également par l’un et l’autre aspect, qui se répondent en écho. Compassion devant la douleur, refus obstiné de la mort dialoguent avec les traces pudiques d’une recherche spirituelle soutenue, nourrie par l’amour de la campagne et la fréquentation des livres. Ses riches échanges avec Jean Reverzy et Albert Camus ne détourneront pas le médecin dévoué de la mission quotidienne qu’il s’est donnée, ni ne briseront son isolement. Il écrira, sans fréquenter le monde des Lettres, comme pour approfondir son unique objet de préoccupation : la condition humaine.
De celle-ci, Chauviré a une vision plutôt sombre dont il donne la mesure dans la suite de proses intitulée Funéraires : dix morts minuscules, exemplaires, et forcément inacceptables.
« • 11 novembre 1951. Je n’ai pas fréquenté la mort à l’hôpital ou, si je l’ai fréquentée, je n’étais pas seul avec elle. Médecin plus qu’homme. Même la guerre ne m’a rien appris sur elle.
Mais l’hôpital et la guerre m’ont beaucoup enseigné sur l’homme mort : le cadavre. J’y reviendrai peut-être.
Je n’ai su ce qu’était la mort que lorsque j’ai commencé à exercer la médecine, à assister des mourants, à être confronté à l’agonie, dans une chambre, auprès d’un lit, auprès du désarroi des proches et dans le mien.

• 15 novembre 1951. Malgré les progrès fulgurants que la physiologie est en train d’accomplir ce temps est et sera longtemps celui des guérisseurs.Le positivisme scientifique a vécu dans l’opinion. Il a conçu trop d’armes pour la guerre.Que dire de ce temps où le Saint-Siège proclame le dogme de l’assomption de la Vierge, où le pape lui-même fait état de signes célestes qu’il a lui-même observés, où les lieux de pèlerinage sont envahis par des multitudes, où l’on assiste enfin, dans l’art de guérir au renouveau des pratiques occultes. La Science les a tous déçus.

• 16 novembre 1951. La mort est une parturition laborieuse qui se prolonge souvent pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois.
Accoucher de son âme serait plus exact que rendre l’âme.

• 18 novembre 1957. Le médecin est un personnage qui va, l’hiver, de maison en maison, pour se réchauffer les oreilles à la poitrine d’enfants fiévreux. »