Parution Novembre 2004
 

 

* François Dilasser est né le 5 mars 1926 à Lesneven, où il vit et travaille. Peint depuis l’adolescence, sans avoir suivi les filières de formation classiques. Régulièrement exposé depuis 1970, il est représenté par la Galerie Frédéric Giroux à Paris, et par La Navire à Brest. Outre plusieurs catalogues d’exposition, son œuvre a fait l’objet de deux monographies ( Dilasser, texte de Jean-Marc Huitorel, La Différence, 1990 et François Dilasser, éditions Palantines, 1997 ).
Il a publié à nos éditions Inscapes ( avec Paul Louis Rossi , 1994 ).

* Antoinette Dilasser est née en 1929. Auteur de textes sur la peinture ( notamment sur celle de son époux ), elle a également collaboré à l’édition des Œuvres de Rabelais ( C.N.R.S. ), et publié Nadar ( avec Jean Prinet, Payot,1966 ), Le passage ( Julliard, 1993 ) et D. ( Dessins de F. Dilasser , Le temps qu’il fait, 2003 ). À paraître : Histoires de Louis ( id., 2005 ).

 

Antoinette & François Dilasser
Journal hors temps
Notes, accompagnées de 46 reproductions en couleurs d’œuvres de François Dilasser.
Novembre 2004. 128 p., 16,5/24 cm. 25,00 euros.
ISBN 2.86853.414.7 – Coédition avec Pérégrines.

«La peinture est hors. Hors sujet, hors cause, hors circuit, non pertinente —comme ils disent. Im-pertinente. Lorsqu’il s’agit de F., parce qu’elle est vision, qu’elle l’est depuis toujours. Hors, tandis que d’autres, peintres ou toute autre forme que ça prenne, ne se justifient que par être dans un cursus. Je parlais à un ami d’un livre de Sollers où il fait allusion à cette première illumination ou révélation dans l’enfance, qui avait à voir avec le temps, avec un point hors temps — l’ami avait immédiatement dévié la conversation sur ce qui s’en était suivi, c’est-à-dire les démêlés de leurs carrières littéraires, cela passait de hors scène à en scène. La littérature comme un des beaux-arts. Moi je pensais à la vision. À ce personnage d’un roman de Virginia Woolf qui est un peintre déçu, à qui il arrive un jour cela, le « moment » qui justifie, « j’ai eu ma vision ».»
« Dans les dernières peintures de F., il me semble ressentir un grand calme, ou apaisement. Une espèce de sûreté, de certitude ? Quelle autre certitude que d’y avoir donné sa vie. Apaisement ? Quand on le voit peindre — peiner — il n’y paraît guère. J’avais pourtant eu cette sensation, regardant par hasard le travail de quelqu’un d’autre, travail par larges touches déchirées, arrachées. Je revoyais Planètes, Étoiles. Une sagesse, acquise, à travers ce si long temps ? F. a souvent pensé, avec vénération, à cela qu’ont atteint parfois les vieux peintres, Rembrandt, Tal Coat. Ou le dernier Guston, qui se fichait pas mal d’être compris.

Cela qu’ont atteint parfois…
Atteindre la plus parfaite des figures qui est le cercle ( disait Petton l’architecte ). Atteindre, avant de… ? Tant qu’on n’en est pas au cercle on tâtonne, hexagones, octogones, etc., on se rapproche. Le cercle : limite d’un polygone au nombre infini de côtés. Les Jardins étaient des octogones, l’octogone enfermait l’intime, le repaire, le dedans ( les vies chahutées, basculées, grimpant, retombant ), dehors était le dehors : patrie de l’ombre et des tourbillons. »
Octobre :

« Retour à l’île, imprévu. F. doit dessiner, et moi j’avais envie de reprendre date (rattacher ces bouts de texte à leurs dates). Parfois F. a besoin pour dessiner de cet appui que lui offre le paysage, la mer, la côte, souvent ici. Et moi bizarrement je me sers aussi de cet appui pour écrire, même si ce que j’écris n’a rien à voir.
Est-ce l’isolement (au sens propre !), ou plutôt la vision qui s’offre, de quelque chose qu’il faut bien appeler réel, la réalité, plantée là, autour, et qui s’oppose ? s’oppose ou épaule, on la sent là contre, appuyée, de tout son poids, et du coup toi aussi tu pèses, tu es là. »