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Parution Novembre 2007
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Christoph Meckel
Un inconnu Récit traduit de l'allemand par Jean-Paul Colin Novembre 2007. 112 p., 14/19 cm. 16,00 Euros. ISBN 978.2.86853.496.5 |
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« Mathieu nest ni un matériau ni un motif ni un modèle. Il est un être vivant dont je parle ; on ne saurait avoir prise sur lui de façon routinière ; je mapproche de lui, peut-être, avec quatre phrases vraies ; son portrait exige de moi toutes sortes de précisions, dabord quant à la perception, puis au langage ; il est reconnu et décrit avec égard pour sa personne ; il ne doit pas être falsifié ni stylisé, ni non plus ressuscité comme un personnage de roman. Lart de la narration consiste à ne pas faire de lui une figure artistique. »
Christoph Meckel, qui a longtemps passé une bonne partie de lannée dans les montagnes de la Drôme, brosse dans ce récit poétique le portrait de son voisin et ami, Mathieu, le cultivateur de lavande, figure de léternel paysan, qui vit dans une ferme tricentenaire. Ce tableau animé à lopposé des clichés romantique ou bourgeois sur la campagne , qui représente un homme demeuré en marge de notre époque, nous parle en même temps dun monde archaïque en voie de disparition. |
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« Le village na rien de remarquable, cest une simple localité, sise à une altitude de cinq cents mètres, entre des rochers et des marnes, des escarpements couverts de chênes verts, de genêts et de cèdres, au confluent de deux cours deau venus du Nord et de lEst, aux lits ensauvagés pleins de galets et de branchages : ce sont des torrents en hiver, des ruisselets en été. Les hivers sont durs, la montagne y est sa propre maîtresse, les étés sont secs et chauds, gâtés par le tourisme, débordés par le flot bruyant du traffic routier, défigurés par les campings. La fumée des décharges recouvre le paysage. Celui qui vit ici laisse advenir ce qui advient, il supporte les nuisances. La route nationale le relie au monde. Du fond de la vallée, une route mène dans la montagne, le long des versants saccrochent de vieilles fermes isolées, lune de ces fermes appartient à Combel, Mathieu.
* « Ça me plaît, disait Mathieu, alors que, de cette route de montagne, nous regardions en bas, dans les profonds ravins boisés, ça me plaît quand le rapace vole là-dessous, dans lombre, et que je suis à trois cents mètres au-dessus de lui. Cest quelque chose ! Cest ça, la montagne ! * Mathieu ne sait lire ni plan ni carte géographique. On parle souvent dautres pays les Îles, les Tropiques, les continents et je sais quil na aucune notion du planisphère. Il sait grâce à moi ? où daprès les infos de la météo à la télé ? que la France est frontalière de la Suisse et de lAllemagne, mais je doute quil sache où se trouve Anvers, quil soit capable de distinguer les Danois des Tchèques, le Mexique de lAlaska et lInde du Vietnam. La Belgique est à létranger très loin dans le Nord, et lItalie est un appendice de la Côte dAzur. Mais à Villededon il connaît chaque pierre. Ici règne le dieu local, grand propriétaire terrien. Il a dit en rêve à Mathieu, quand celui-ci était petit : Mathieu, je me repose sur toi, je ne puis avoir lil à tout, tu es mon représentant à Villededon, tu veilles à ce que chaque chose ait sa place attitrée ! »
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