Parution Novembre 2005



*Débutant sa carrière lors de la libération de Toulouse, Jean Dieuzaide a consacré sa vie entière à la photographie. Spécialiste de l’architecture, et plus particulièrement de l’Art Roman, il a parallèlement mené une foisonnante activité d’illustrateur pour de nombreux éditeurs français et étrangers. Considéré comme un photographe humaniste pour ses travaux sur l’Espagne, le Portugal ou la Turquie, il est également l’auteur d’une importante recherche plastique autour de la nature morte. Disparu en 2003, il demeure aujourd’hui encore le seul photographe titulaire des deux prix Niepce et Nadar, présentés comme le Goncourt et le Renaudot de la photographie. Son œuvre est estimée à près d’un million de négatifs.

Jean Dieuzaide
Les Dali de Dieuzaide

33 photographies imprimées en deux tons + vernis sélectif. Texte de Daniel Dobbels.
64 p. 21/25 cm.
2005. ISBN 2.86853.441.4
25,00 Euros

Il y a la fameuse photographie de 1953 intitulée « Dali dans l’eau » ( dont le titre décida le peintre à se laisser faire ), mais pour y parvenir, Dieuzaide lui consacra tout un reportage dont la facétieuse poésie méritait d’être découverte — qu’on éprouve pour le Maître burlesque de l’admiration ou de l’agacement.
« En fait, c’est la tiédeur qui fait scandale chez Dali. C’est elle qui heurte l’esprit de rigueur, l’attendu poétique, le goût pour un trait noble et signifiant ( fût-il gagné dans la bassesse ou la honte ). La tiédeur hante une rigueur qu’il voudrait incommensurable, strictement paranoïaque. C’est elle qui le rend somnolent et somnambule, alors que l’acte ( peinture ou happening ) pique au vif, dans l’apparence. Quand il serre son corps, presque nu sous son peignoir, c’est un immense effet de serre chaude qu’il convoque, jetant un léger froid dans le monde extérieur qui lui fait face, conjurant néanmoins ce grelottement insigne qui l’obsède depuis un temps bien antérieur à sa naissance. Forcé d’être dans le bain, alors qu’un goût archaïque le porte à la sécheresse sans fin ni commencement, voilà ce qui, chez lui, entraîne une exécration des trop forts contrastes.
Les photographies de Jean Dieuzaide nous l’enseignent par mille traits indirects : Dali a choisi de vivre là et auprès de ceux qui, par le plus extrême contraste, confine celui-ci à l’indifférence, au manque de sens le plus évident. Évidence qui ne fait question pour personne. Jean Dieuzaide le sait et le constate. S’il existe un déchirement ou, plus précisément, une déchirure, elle se perd et se confond avec l’inégalité étale des temps concentrés dans ces lieux humbles et surexposés. »

Daniel Dobbels