Parution Novembre 2006
 

Claude Pauquet est né en 1954 et vit près de Poitiers. Photographe, il poursuit depuis 1985 une recherche sur l’identité du paysage, sa transformation et l’observation du territoire social. Ses images font partie des collections du Musée Niepce, du FRAC Poitou-Charentes et de l’Arthothèque de La Rochelle. Il a publié à nos éditions Convoi vers l'est (2003). Pour découvrir l'ensemble du travail photographique de Claude Pauquet : www.claudepauquet.info
Dominique Moncond’huy est né en 1959 et enseigne la littérature française du XVIIe siècle à l’université de Poitiers. Il s’intéresse également à la littérature et aux pratiques artistiques contemporaines. Outre divers textes escortant des expositions d’artistes, il a donné un ouvrage d’introduction à l’Oulipo (Pratiques oulipiennes, Paris, Gallimard, " La Petite Bibliothèque Gallimard ", 2004) et des postfaces à des rééditions de Jacques Roubaud (Les Animaux de tout le monde et Les Animaux de personne, Paris, Seghers, 2004).

Claude Pauquet
Au bout des certains
43 photographies précédées d'un texte de Dominique Moncond'huy et d'une préface de Christian Caujolle
2006. 64 p., 23/29 cm. — 22,00 Euros
ISBN 2.86853.474.0

« Claude Pauquet travaille ici aux lisières : ce n’est pas exactement la terre qu’il montre, telle ville, tel village ou tels champs ; ce qu’il cherche à saisir, cette espèce d’entre-deux, c’est la manière dont l’homme a investi cette lisière, l’a marquée de sa présence ; la manière dont il l’habite et dont il entend laisser trace. Dont il l’habite mais comme un passant, ou comme en passant : cette terre-là, on le sent, n’est pas sienne, il ne saurait tout à fait y planter ses tentes – à moins, justement, qu’il ne s’agisse que de tentes, tôt emportées par les vents, quand bien même on les draperait de la dignité supposée de ce qui paraît ferme et dur, coquet parfois, jusqu’au possible ridicule des couleurs disharmonieuses, des petits arrangements humains, trop humains pour n’être pas voués aux sables et aux souffles. Rien de bien solide, en somme. L’homme semble n’y avoir édifié que des postes avancés, qu’il visiterait de temps à autre plutôt que de s’y installer vraiment. Oui, des postes avancés, des postes de guet, comme une conquête entreprise mais toujours abandonnée, trop inégale. L’océan est chez lui. »

Dominique Moncond'huy

« Claude Pauquet a choisi d’effectuer un parcours : de longer ce bord, cette limite certes différente, d’une région à l’autre, et même d’une ville à l’autre, d’une anse à l’autre, mais dont il cherche à saisir un trait commun, ce qui fait qu’on est toujours au bout du monde, dans cet espace de guetteur – ou cet espace à conquérir, pour qui viendrait des profondeurs de l’océan.
Puisque parcours il y a, le long des “ marches ”, une symbolique aurait pu être déployée du Nord au Sud, ou du Sud au Nord : il aurait pu s’agir de suivre le bord de mer, de parcourir les côtes – bref, de regarder le long de, d’habiter la suite des marges par le regard comme pour en faire le tour, dans un sens ou dans l’autre. Comme le tour du propriétaire, pour reconnaître le terrain et mettre en valeur tout ce qui, d’une anse à l’autre, fait différence.
Mais non, ici, le regard est frontal : il est le plus souvent d’est en ouest ; il va de la terre à la mer, comme aimanté par l’océan – et, du nain de plage aux baigneurs, du marcheur à tel poids lourd, tous paraissent presser le pas vers la plage, tous semblent se précipiter vers l’eau, au point qu’on croirait parfois qu’il s’agit de fuir quelque chose… Ou de se hâter vers l’inéluctable disparition.

Le parti adopté, à y bien regarder, est en effet comme celui d’un après : les images ont ce pouvoir inouï de vider l’espace habité. Elles nous montrent qu’il est habité et en même temps que déjà il ne l’est plus – que déjà il ne le sera plus, oserait-on dire, au risque de faire violence aux temps, ceux des formes verbales. Car c’est bien cela : l’habitat, ici, n’existe que pour dire sa vanité. Ce que le photographe voit, c’est le vide toujours présent derrière les apparences, dans les apparences mêmes de l’occupation humaine. Ce qu’il voit, c’est l’habitat comme spectre, et l’étrangeté des maisons serrées les unes contre les autres, comme pour faire nombre, inutilement; et le grotesque des manèges immobiles ; et la suffisance attendrissante des vaines peintures fraîches ; et les pauvres tentations humaines du goût – “ et si l’on peignait les volets en bleu ? ” –, et encore les conforts minuscules des lieux balayés par ce qui les dépasse. »