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Parution Mars 2004
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| Serge Bonnery Le temps d'un jardin Récit. Collection Lettres du Cabardès animée par Jean-Claude Pirotte 120 p. 14/19. 2004. ISBN 2.86853.403.1 14,00 Euros |
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Lenfance, dans notre mémoire, a le goût de vanille et de fenouil, le parfum des anciennes vendanges, et les couleurs contrastées dun « jardin de derrière », image précise et poignante du paradis perdu. Au cur des petits tableaux, minutieux et frottés de mélancolie, que sefforce de sauver lécriture, nous ne cessons dentendre le sourd refrain du poème de Poë : Nervermore. Et pourtant, « il ne serait pas étonnant quun petit jardin, dissimulé au cur dun village, et qui ne suscite, à lextrême rigueur, que ladmiration du seul voisinage immédiat, ait été désigné par Dieu comme un centre idéal, capable de résister au néant et aux forces du mal. Un lieu unique, à la portée de la main dun enfant. »
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| « Le pays noir où je suis né a fait mystère de son ombre. Je garde souvenir de ses odeurs quand je demeurais coi, dans larrière-cuisine, observant les allées et venues des femmes affairées aux fourneaux. Cétaient les jours de grande fête. Le ciel que je contemplais de la fenêtre de ma chambre avait la profondeur de la mer. Jaimais les soirs cotonneux de lautomne, quand la bruine dépose un voile sur la nuit. Le temps glissait sur les vitres, en gouttelettes détoiles quun rayon de soleil absorbait. Toute ma vie était tendue vers le désir de retrouver la trace de tes pas dans le jardin, en friche aujourdhui, où javais appris de toi des gestes essentiels : comment manier une pelle, une pioche, un râteau, sentir la terre entre mes doigts, la retourner. Lorsque nous partions en promenade, je marchais derrière ta silhouette de vieil homme claudicant. Je posais mes pas dans les tiens. La lune était encore ardente dans le jour qui ralentit sa course en été. Je serre contre moi ce monde enfoui. Jen ai épousé les contours. Jhabite un pays noir, de silence et de deuil, dont la mémoire gît dans les garrigues, entre les cistes et les cyprès. » |
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