Parution Mars 2004


* Né à Carcassonne en 1961, Serge Bonnery a vécu son enfance dans le Minervois. Journaliste, il est responsable d’édition du quotidien L’indépendant. Membre fondateur et président actuel du « Centre Joë Bousquet et son temps », c’est sous l’influence essentielle de ce poète qu’il est devenu écrivain. Également animateur du site internet www.chantiers.org consacré à la littérature, il a publié dans de nombreuses revues. Son premier récit, Une patience, a paru aux éditions de l’Armourier en 2003.

 

Serge Bonnery
Le temps d'un jardin

Récit. Collection Lettres du Cabardès animée par Jean-Claude Pirotte
120 p. 14/19.
2004. ISBN 2.86853.403.1
14,00 Euros

 L’enfance, dans notre mémoire, a le goût de vanille et de fenouil, le parfum des anciennes vendanges, et les couleurs contrastées d’un « jardin de derrière », image précise et poignante du paradis perdu. Au cœur des petits tableaux, minutieux et frottés de mélancolie, que s’efforce de sauver l’écriture, nous ne cessons d’entendre le sourd refrain du poème de Poë : Nervermore. Et pourtant, « il ne serait pas étonnant qu’un petit jardin, dissimulé au cœur d’un village, et qui ne suscite, à l’extrême rigueur, que l’admiration du seul voisinage immédiat, ait été désigné par Dieu comme un centre idéal, capable de résister au néant et aux forces du mal. Un lieu unique, à la portée de la main d’un enfant. »
 « Le pays noir où je suis né a fait mystère de son ombre. Je garde souvenir de ses odeurs quand je demeurais coi, dans l’arrière-cuisine, observant les allées et venues des femmes affairées aux fourneaux. C’étaient les jours de grande fête.
Le ciel que je contemplais de la fenêtre de ma chambre avait la profondeur de la mer. J’aimais les soirs cotonneux de l’automne, quand la bruine dépose un voile sur la nuit. Le temps glissait sur les vitres, en gouttelettes d’étoiles qu’un rayon de soleil absorbait.
Toute ma vie était tendue vers le désir de retrouver la trace de tes pas dans le jardin, en friche aujourd’hui,
où j’avais appris de toi des gestes essentiels : comment manier une pelle, une pioche, un râteau, sentir la terre entre mes doigts, la retourner.
Lorsque nous partions en promenade, je marchais derrière ta silhouette de vieil homme claudicant. Je posais mes pas dans les tiens. La lune était encore ardente dans le jour qui ralentit sa course en été.

Je serre contre moi ce monde enfoui. J’en ai épousé les contours. J’habite un pays noir, de silence et de deuil, dont la mémoire gît dans les garrigues, entre les cistes et les cyprès. »