Parution Mars 2005
 


*Né en 1946 à Perpignan, Mathieu Bénézet vit et travaille à Paris. Il est entré en poésie très jeune et est un des auteurs majeurs de sa génération. Il dirige depuis plus de 15 ans L’Atelier de Création radiophonique sur France Culture. Il a publié d’une bonne vingtaine d’ouvrages, entre autres : Dits et récits du mortel (Flammarion, 1976), Votre solitude (Seghers, 1988), Moi, Mathieu Bas-Vignon, fils de… (Actes Sud, 1999), L’Aphonie de Hegel (Obsidiane, 2000), Et nous n’apprîmes rien (Flammarion, 2002), Images vraies (Le Préau des Coll, 2003) Tancrède (Éd. Léo Scheer, 2004), Ceci est mon corps ((Éd. Léo Scheer, Flammarion 2005).

Mathieu Bénézet
Mais une galaxie

Une anthologie 1977, 2000. Coll. Les Analectes
Coédition Obsidiane
328 p. 16,5/24.
Mars 2005. ISBN 2.86853.422.8
30 Euros

Ce quatrième volume des Analectes traverse l'œuvre poétique de Mathieu Bénézet des Dits et récits du mortel (1977) à L'Aphonie de Hegel (2000). Il fait suite, d'une certaine manière, au volume rétrospectif... Et nous n'apprîmes rien, qui regroupe les livres écrits avant trente ans. La présente anthologie, dont le choix incombe à l'auteur, propose, par pans ou par fragments, certains des poèmes qui ont imposé Mathieu Bénézet comme l'une des voix non communes du monde poétique moderne; ainsi lira t-on ici des pages de La fin de l'homme, de l'Ode à la poésie et de L'Aphonie de Hegel, pour ne citer que trois des titres les plus fameux de cet auteur. Lequel signale dans le texte liminaire « le caractère hybride, presque déjanté » de ses livres; est-ce pour vouloir inlassablement fondre les figures d'Orphée et d'Euridyce dans un mythe unique et énergique, ou par désir propitiatoire d'inscrire sa poésie dans le sillage rayonnant des poètes qui depuis toujours l'accompagnent : Hugo, Rimbaud, Mallarmé, Ghil, Breton, Aragon, Frénaud... ? Le corps auquel se collète Mathieu Bénézet est-il autre chose que le livre toujours à venir — figure symbolique éclatée, mais pourtant réelle, dont on ne sait jamais si c'est le poème qui rassemble dans ses bribes les fragments du vivant ou le contraire — « morceau de soi détaché » comme l'écrivit Jacques Derrida à propos des Dits et récits du mortel. Ici, morceaux de choix !

François Boddaert

« Rien d’énigmatique — à tes yeux — dans les pages qui suivent : tu as signé, paraphé ; la chose est claire. Tu as supporté ces pages ; les supportes encore ; et il t’arrive souvent d’y ajouter pour te confondre davantage.
Il n’y a pas de question, pas de réponse, seul un questionnement. On sait que la vie est un bouleversement . Qui peut répondre pourquoi est-elle ainsi ? L’ Art t'apparaît tel le fil à tirer non pour expliquer mais pour aller à la source de ce bouleversement. À son engendrement.
Aperture, naissance, ouverture des mots que tu continues de chérir. Dans ce tourbillon tu as écrit, tu continues. »

Je ne sais donc rien du vide ni des îles ni du désert ni des
oasis Je l’ai affirmé inconsidérément Car je n’appartiens pas
à la vie ni au sol Oui je décide d’interrompre mon rêve Tout
l’inconnu d’un enfant que nulle mère n’a initié s’agite en moi
Il crie dans la confusion du réveil pressentant que sa mémoire
est l’étrangeté à venir où il renifle seul
Chacun est ainsi nommé deux fois Et la deuxième fois est la seconde
Et que sait la poésie de cela de ces instants où l’aiguille de la vie
oscille et n’indique rien pas même le fantôme côtier d’une île Rien
te dis-je Il n’y eut jamais rien qu’une vie inapparue de telle sorte
que le passage n’a rien montré encore moins révélé André Breton
l’a dit Nous n’arrivons jamais à la gare