Parution Mars
Marie-Claire Bancquart
Rituel d'emportement

Poèmes 1969-2001. Coll. Les Analectes
336 p. 16,5/24.
Mars 2002. ISBN 2.86853.348.5
25 Euros

 

*Née en 1932 en Aveyron, Marie-Claire Bancquart est professeur émérite à La Sorbonne. Elle est l’auteur de nombreux essais entre autres sur Maupassant et Anatole France et a publié Paris des surréalistes (Seghers, 1973), Paris «Belle Époque» par ses écrivains (Adam Biro, 1997). Elle a dirigé le colloque André Frénaud à Cerisy-la-Salle en août 2000 et obtenu le Grand Prix de l’essai de la Ville De Paris et le Grand Prix de Critique de l’Académie Française. Elle est aussi l’auteur de romans et d’une vingtaine de recueils de poésie dont Mémoire d’abolie (Belfond, 1978), Opéra des limites (Corti, 1988), Sans lieu sinon l’attente (Obsidiane, 1991), La paix saignée (Obdidiane, 1999). Prix Max Jacob en 1978, Prix Alfred de Vigny en 1990, Prix Supervielle en 1996, Prix d’automne de la Société des Gens de Lettres en 1999.

Si je peux discerner quelque évolution au cours de ces trente années, c'est que je me suis de plus en plus tournée vers cette relation, plus révoltée au départ par la hantise de la mort, plus occupée de mon propre corps; et, par la suite, plus ouverte à la terre. Les mots nous travaillent, autant que nous les travaillons. C'est eux qui m'ont donné un « lieu-dit », des « contrées du corps natal ». Eux qui ont ouvert le chemin vers une espèce de sérénité personnelle plus grande, quoique toujours exposée à l'incertitude, et aussi vers une attention plus anxieuse pour le train du monde comme il va. Eux qui, plus haletants naguère, ont pris une continuité, peut-être une oralité plus grande.
Au corps

Hommes : le malheur leur pèse au corps.

Sous les vêtements
on ne le voit pas, si près, si mince.

Ils ne portent même plus les chapeaux
qui les surmontaient d'ailes
un peu rognées.

Les morts leur tirent mieux les pieds, à travers le goudron des villes.

Furtives

     

Quand vous vous éveillez en lucidité de l'obscur
sans courage
pour porter votre vie et le bruit des pommes qui tombent
obstinez-vous aux lichens, aux mousses.

Sur nos mains ils laissent
trace légère.

D'une odeur sèche ils emmaillotent
la blessure de nuit.

Respirer ne désespère plus
quand on rejoint des ferveurs si furtives
nées après nous, plus anciennes pourtant que l'animal, que l'arbre.