Parution Mars 2004

 

* Né à Alger en 1953, Patrick Mesner est grand reporter pour la presse écrite. En 1985, il s’oriente vers la télévision pour laquelle il réalise des reportages d’actualité et des documentaires. Parallèlement, il poursuit un travail personnel de photographe qui fait régulièrement l’objet d’expositions — comme les photographies réunies ici, qui ont été montrées au Festival Terres d’images de Biarritz en 2003. Il a publié avec Michèle Champenois et René Allio Les Marseillais (Soleil éditions, 1992) et L'Automne d'or - Arménie avec Hrant Matevossian (chez l'auteur, 1995)

Patrick Mesner.
Algérie, la tombe de ma mère

Carnet de voyage. Avec 50 photographies imprimées en deux tons.
96 p. 16,5/21. 2004. ISBN 2.86853.395.7 25,00 Euros

« C e voyage en Algérie n’est pas un voyage ordinaire. Préparé d’abord comme une mission professionnelle, il est vite devenu une entreprise intime. Parti faire un reportage, c’est à la rencontre de moi-même que je suis venu. En cherchant à percevoir l’Algérie d’aujourd’hui, mon regard s’est posé sur des riens qui ont trouvé en moi un écho très profond. Je me suis senti là comme un vagabond dérivant dans sa propre mémoire, un voyageur en quête de miroirs de vie dans les chemins défoncés de son passé. »
De deux séjours ( 1990 et 1993 ) dans ce pays où sa mère a été enterrée lorsqu’il avait quatre ans – mais qui n’est plus le sien –, Patrick Mesner a ramené des photographies qui évoquent avec beaucoup de pudeur le présent douloureux de l’Algérie. Son reportage, doublement concerné, se mêle à un retour sur soi, à une quête personnelle, pour produire ce qui est bien plus qu’un témoignage : un livre de ferveur et de fraternité.
Oued Hachem, Sidi Moussa, Nador.
Un cimetière se dresse devant les ruines d'une ancienne demeure dont les occupants furent assassinés pendant la guerre d'indépendance : la ferme de Séjus, autour de laquelle survivent quelques pins maritimes.
Je salue un vieux paysan courbé sur son champ. Il pause délicatement sa faucille sur son épaule et me regarde noblement, le temps d'une photo. J'observe ses mains flétries qui roulent une cigarette de tabac gris. Son visage marqué dit assez de quelle peine sa vie a été faite. Ses yeux sont semblables à deux lacs tranquilles qu'aucun mal ne viendra plus troubler. Il semble habité de silence.
« Dans un café situé sous les arcades du port, j'épie les conversations des clients attablés qui rêvent de changer la vie... Entre le totalitarisme qui sévit depuis trente ans et un parti religieux extrêmiste, les Algériens ne risquent pas de trouver l'équilibre avant longtemps. La séparation est profonde entre le monde des villes et celui des campagnes, 40 % de la population est analphabète, et nul ne comprend plus ce qu'il faut faire. La peur est omniprésente. Un jeune homme me confie qu'il votera car, dans le cas contraire, sa carte d'identité lui serait retirée. »