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Parution Mars 2009
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| Lorand Gaspar Carnets de Jérusalem Nouvelle édition 2009, 160 p., 14/19 cm 20,00 Euros. ISBN 978.2.86853.513.9 |
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L'étoffe infiniment complexe dun morceau de réalité vivant lié à un temps, et dont les fils et les mouvements débordent nécessairement ce temps , tissées dune poignée de pierres et de lumières, de voûtes et de vallées, déchanges avec les hommes et les choses , de lectures de livres, de nous-mêmes et du monde, de quelques rosiers et dun désert à portée de la main ; mais aussi du rire et des larmes des enfants quon regarde grandir, des heurs et malheurs dune maisonnée bourdonnante dobjets, de bêtes et de passants, de la compagnie des malades et du lent apprentissage de lécoute de lautre, de la joie et des difficultés de vivre, des conversations nocturnes sur la terrasse près du jasmin face à la crête judéenne drapée de noir, la résonance lointaine des mots dans la nuit, contrastant avec la proximité troublante des étoiles et de la pensée de linfini , cest tout cela pour moi, et tant dautres choses encore, Jérusalem.
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Cinq heures du matin. Là où tout à lheure il ny avait encore que des flaques dun gris vaseux entre les pins plus sombres au bout du jardin, une luisance vert et or, intense et corrosive, allumée, on dirait, dans les pierres et les rares buissons, augmente rapidement dans la pâte obscure. Passage entre matière et lumière. Lumière des corps et de la pensée. Présence simultanée, plus que passage, dans une réalité qui leur est commune. Je lai retrouvée quelques années plus tard, avec cette exactitude bouleversante que nous signale parfois la mémoire du corps, dans le fond dune peinture de Giotto. Jétais tellement fasciné par cette rencontre, par le resurgissement dans ce musée de la même luminosité native, que je ne me souviens plus du thème du tableau ; je me rappelle seulement un saint de profil, coiffé, sans doute, de son auréole, je vois son emplacement exact dans cette première salle, assez petite, qui souvre sur dautres, de peinture italienne, à Boston ou à New York.
Mésanges et fauvettes commencent leur va-et-vient entre le jasmin qui bouche les trois quarts de la fenêtre, et le figuier solitaire. La tête de mon cheval passe par-dessus la porte de lécurie coupée à mi-hauteur, ses naseaux blancset roses hument avec beaucoup de satisfaction lair légèrement humide du petit jour. La chatte se faufile parmi les herbes et les chardons desséchés, puis monte sur la clôture de pierres sèches pour en suivre la crête irrégulière : inspection matinale du territoire. Cest lheure de se préparer un café et de sadonner au vice impuni de la lecture ou de quelque griffonnage, protégé par une grande nappe de silence et de fraîcheur en été. Mais certains jours jobéis à mon besoin de bouger. Ayant traversé le wâdi Djose jarrive avec les premiers rayons du soleil dans les collines nues, à lest, derrière le jardin. Il me faut contourner lenclave de lancienne Université hébraïque, pour atteindre une ensellure dans la chaîne judéenne aux reliefs si caractéristiques du sénonien, longuement travaillés par lérosion. En contre bas, sur un premier palier du versant est : le village dIssaouia ; il ne se distingue des courbures minérales que par les angles et les arêtes des maisons. Sous mes pieds cest la descente fuguée des creux et des bosses de londe calcaire vers la large et profonde entaille ouverte par un de ces remaniements décorce auxquels il est préférable de ne pas assister. De lautre côté de la faille, les montagnes forment un vaste entablement violet sombre, de matière incertaine, où apparaît peu à peu tout un appareil de contreforts coniques juxtaposés. Et je sais que limmense plateau qui coiffe ce puissant ouvrage de fondation que sont les monts dAmmon et de Moab se prolonge jusquà lEuphrate, jusquà Babylone, à un millier de kilomètres de là. Canaan. Dans les documents que larchéologie a mis à notre disposition, la mention la plus ancienne de ce nom date du début du XVème siècle av. J.-C., chez les Akkadiens, inscrit sur la statuette dun dénommé Idrimi, personnage sans doute assez important qui sétait enfui au pays de Canaan. Une cinquantaine dannées plus tard, le document énumérant les prisonniers faits par Aménophis II, parle de 640 « Cananéens ». Les archives fameuses de Tell Amarna contiennent une lettre mentionnant la « province de Canaan », tandis que dautres permettent dy situer certaines villes connues également par la Bible, en Galilée, dans la région dAcre et sur la côte phénicienne. Limitée à lest par la vallée du Jourdain, ce « protectorat » égyptien comprenait la Palestine jusquà Gaza. Qui sont-ils ? Les divers textes bibliques qui énumèrentles anciens habitants du pays sont généreux en noms, comme toujours, et pas toujours concordants ( Amorites, Horites, Hurrites, Hivvites, Jébuséens, Perizzites, Girgashites ) ; il est impossible den tirer de véritables renseignements ethniques. Nous sommes dans une région carrefour où se croisent ( et se rencontrent parfois ) des migrations déversées depuis les hauts plateaux dAsie, ou venues par la Méditerranée, comme ces Peuples de la Mer, groupement de peuplades de provenance variable ( Sardaigne, Étrurie, Sicile, etc. ), arrivées par vagues successives sur les côtes orientales, et que les annales égyptiennes appellent « les étrangers qui venaient de leur pays et des îles du milieu de la Grande Verte ». Nous savons au moins une chose avec certitude : les Philistins, dont la Bible et les documents égyptiens à partir du règne de Ramsès III parlent abondamment, ce peuple qui donne son nom à la Palestine, fait partie de ces Peuples de la Mer. ( Notons que la mention quen fait le livre de la Genèse [ XXI et XXVI ] à lépoque des Patriarches est un anachronisme ; leur présence authentique doit être datée de lépoque de lhistoire de Samson, Juges, XIII-XVI. ) |
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