Parution Mars 2005
 

 

* Antoinette Dilasser est née en 1929 et vit en Bretagne. Auteur de textes sur la peinture, elle a également collaboré à l’édition des Œuvres de Rabelais ( C.N.R.S. ), et publié Nadar ( avec Jean Prinet, Payot, 1966 ), Le passage ( Julliard, 1993 ) ainsi que D et Journal hors temps (tous deux avec François Dilasser, Le temps qu'il fait, 2003 et 2004).

 

Antoinette Dilasser
Histoires de Louis
Récit.
2005. 80 p., 14/19 cm. — 13,00Euros
ISBN 2.86853.425.2

Et il y en a tant, dont le souvenir ne s'est pas perpétué; qui périrent, comme s'ils n'avaient jamais été . – (James Agee et Walker Evans, Louons maintenant les grands hommes).

Louis, dont la vie va et vient entre exploits espérés et médiocrité ordinaire, garde pourtant la conscience poignante de ce qu'il a essayé d'être. Dans la petite île de la côte nord où il revient parfois, avec sa mère Marie, parce qu'ils y sont nés tous deux, peut-être cherche t-il la justification, ou encore « le lieu où rentrer ». L'île est ainsi : paysage intemporel, au regard des minuscules histoires humaines qui font son quotidien, vouées comme tant d'autres à périr.
« Quand je viens dans l’île comme aujourd’hui, Dieu sait pourquoi c’est à ce Louis que je pense. Ce Louis que tu n’as pas connu. Et à Marie Creach sa mère née ici. Il n’y ont pas vécu longtemps, lui moins encore qu’elle, mais c’est comme une odeur, je ne sais dire, une trace ou inscription qu’ils auraient laissée.

Creach, Marie-Marthe. Se faisait appeler Marie encore que Marthe eût mieux convenu. Préposée au ménage. La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles comme dit l’autre. Faciles pas si sûr. Jamais la meilleure part de rien. Une fille de paysans-pêcheurs, comme ils sont tous. Poser ou relever des casiers, ou le lieu à la traîne, quand il fait encore nuit et qu’il n’y a qu’une lueur à peine sous l’épaisseur de brume au ras de la mer. À l’heure où d’autres se lèvent ils sont déjà aux champs. Gratter la moindre parcelle. Des fermes groupées au nord du village et à l’ouest, les champs autour, cernés de haies, entre les haies d’étroits chemins creusés d’ornières. Ils ont des chevaux pour tirer le soc de charrue, ou bien deux hommes l’un qui tient le manche l’autre qui tire, ou l’homme et la femme, la femme tire la corde passée sur son épaule l’homme creuse le sillon. La manière antique. »