Parution Juin 2001

Pascal Commère est né en 1951 dans un bourg de Côte d'Or où il vit et travaille. Il écrit régulièrement depuis 1978. Bourse Del Duca pour son premier roman en 1987 Chevaux (Éd. Denoël) et prix de poésie Guy Lévis Mano en 1990. Il alterne en prose et poésie et collabore à diverses revues (N.R.F, Théodore Balmoral, Le Mâche- Laurier). Il a publié à nos éditions La solitude des plantes (1996) et Le grand tournant (1998).

Pascal Commère
La grand'soif d'André Frénaud

Salutation.
120 p. 14/19.
2001. ISBN 2.86853.331.0
13,50 Euros


Je relis André Frénaud. Assurément, il coule beaucoup de vin dans ces pages. Notamment dans les trois premiers livres (Il n'y a pas de paradis, Les Rois mages, La Sainte Face) où il affleure dans maints poèmes, tenu dans l'ombre de la voix, prêt à faire irruption, à épouser la chair des mots... Profitant — à moins qu'il ne le génère, comme s'il s'agissait d'un autoportrait en creux — d'un étrange dédoublement, avec la présence de l'Autre (Il) dans le miroir. Cet autre à qui s'adressent au soir les ivrognes, en leur grande solitude, amusant en même temps qu'apeurant les enfants, attirés par cette déroute de propos à bâtons rompus avec le vide. Que saura-t-on de lui, sinon qu'il ressemble comme deux gouttes d'eau au poète ? Qui plus est :
Il mâche avec mes dents.
Il boit plus que ma part.
 

André Frénaud nous a quittés en 1993, le jour de l'été... Poète d'une envergure rare (assurément l'un des grands de ce siècle, dont il épouse presque les dates : 1907-1993), il ne s'exprima que peu en prose. Naturellement, sa voix (dont l'authentique accent traînait les « r » de sa Saône-et-Loire natale), en même temps qu'un timbre et un lyrisme reconnaissable entre tous, se coula dans le poème — seule demeure. Au petit cimetière de Bussy-le-Grand où il repose, une pierre porte ces mots :
Où est mon pays ? C'est dans le poème.
Il n'est pas d'autre lieu où je veux reposer.

Les choses sont donc claires. Et je me garderai bien de tirer André Frénaud par la manche, d'en faire un Bourguignon hors pair. Poète exemplaire à maints égards, sa voix — dont les interrogations n'ont pas fini de nourrir notre questionnement — dépasse très largement les strictes frontières de notre petit pays. Avec lequel il eut des relations fortes, parfois obscures, comme il en est toujours en chaque être dans l'épaisseur des sentiments. Ultime clin d'œil biographique, il s'éteignit où il vécut : rue de Bourgogne, à Paris.