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Parution Juin 2009
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| Julotte Roche Max et Leonora Récit, reédition Juin 2009, 176 p., 14/19 cm 22,00 Euros. ISBN 978.2.86853.465.1 |
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| Que le peintre surréaliste Max Ernst et Leonora Carrington aient vécu dans mon village, quils aient choisi, en 1939, le calme de Saint Martin dArdèche aurait pu suffire à mon bonheur. Mais leur image était trop belle. Assis sur les pierres chaudes, Max regardait intensément la rivière. À ses côtés se tenait, «magnifique et nue», la belle Leonora. Il lui disait combien il était heureux. Elle chantonnait paradise. Quand ils se sont relevés, je nai plus rien compris. Max avait des menottes aux poings et Leonora courait en cheveux dans les rues du village. Leonora que sest-il passé en mai 1940 dans ce petit village français ? Longtemps après, je me suis glissée à leur place, jai fermé les yeux et écouté leur absence. Jai tout entendu des pierres, elles mont laissé transcrire cette histoire, elles mont choisie. Cest normal, moi aussi je suis minérale. J. R. |
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| «Cest une histoire grave et belle en forme de parenthèses dans le monde troublé et bruissant des années 37 à 40. Il y a le bruit de la guerre, son odeur immonde qui commence à se répandre, les artistes qui en pressentent la gravité, comme Max Ernst : « la guerre dEspagne fut un tel choc pour moi, le signe dune deuxième guerre mondiale imminente ». Les surréalistes de cette époque, traumatisés par la première guerre mondiale, sont un groupe danciens combattants. Ils ont presque tous fait la première guerre, 14-18, lhorrible charnier. Ils se sont connus dans des hôpitaux, comme Aragon et Breton, ont combattu dans les mêmes lieux mais dans des camps adverses, comme Éluard et Ernst, dans le face à face allemand français à Verdun. Ils ont dabord en commun la haine de la guerre, lenvie, la formidable envie de vivre et de dénoncer la raison, la morale, lordre, la conventionnelle stupidité bourgeoise. Ils ont le droit de crier ce quils détestent tant car ils ont donné leur jeunesse à la guerre, leur sang à la guerre, leur espoir à la guerre, ils ont tout donné à la guerre, ils sont morts durant quatre années et lorsquils renaissent, en 1918, personne ne leur reprendra leur liberté. 10 Il faut tenir compte de ce passé qui explique bon nombre de leurs provocations et de leurs errances jusquauboutistes. À tous ces intellectuels, dont on se demande comment ils pouvaient continuer à peindre au lieu de sengager dans une action anti-fasciste, personne ne posa la question de savoir sils avaient tué des hommes en 1914, et sils pouvaient loublier ? Je ne crois pas que lon puisse se remettre davoir combattu dans les tranchées. Et cest une histoire qui sadresse à celle qui en fut lactrice, et qui en est aujourdhui le témoin : Leonora Carrington.»
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| Chère Leonora, En cette fin dannée 94, jai reçu trois articles dun journal de Mexico. Vous vivez donc toujours au Mexique. Il y a une grande exposition de tout votre travail au Musée dArt Moderne. Sur le journal, il y a votre photo, vous aujourdhui, et je vous reconnais si bien. Votre tête est la tête que vous méritez, vous êtes belle et grave. Vous nêtes pas de ceux qui jugent, ce sont vos yeux qui mapprennent ça, vous navez pas envie de sourire, même si votre humour est vif, mais là vous offrez au photographe le visage dune femme qui accepte quon lui vole son image, une image qui dérangera ceux qui aiment les portraits souriants. Vous, vous déclarez dans un des articles : « Jai le bonheur de ne pas avoir peur de la mort ». Vous avez lair dêtre en règle avec vous-même. Aujourdhui jai terminé mon récit. Il vous concerne : un livre ou plutôt une tentative dinvestigation dans le monde clos de deux surréalistes au village de Saint-Martin-dArdèche. Il sagit du séjour que vous y avez fait dans les années 40, du séjour, que dis-je, du « moment de calme » que vous vous êtes accordé avant daffronter la folie du monde. Pardonnez-moi de vous avoir choisie, davoir mis mon cur dans vos pas, de vous avoir faite tellement mienne quil est douloureux pour moi dentendre ceux du village qui parlent encore de vous, me confier leurs souvenirs, qui sont les leurs, et que jaurais aimé avoir de vous. Jai pris votre peau pendant ces années de recherches, jai pris vos couleurs comme le champion des tournois du Moyen Âge, je vous suis acquise totalement. Je nai pas mis la tête de cheval, celle que vous enfiliez pour dire la douleur, je nai pas choisi la peau animale pour crier ce que vous avez su crier, jai choisi un petit ordinateur, animal exotique, pour quil entende ma propre voix qui lui confie lhistoire dune jeune femme de vingt ans, un moment de votre histoire, Leonora. Vous nétiez pas seule à Saint-Martin-dArdèche en 1938, et ce récit est aussi en hommage à celui qui vous y a conduite : Max Ernst. |
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