Parution Juin 2006

* Jean-Michel Meurice est né à Lille en 1938. Élève de l’École des Beaux-Arts de Tournai en 1957, il rencontre Pierre et Colette Soulages dans les années 60 et expose chez Jean Fournier en 1966. Parallèlement, il commence une œuvre de cinéaste par une série de portraits d’artistes (Bram Van Velde, Sonia Delaunay, Alberto Burri…). Quatre de ses Pénélopes sont dans les collections du Musée d’Art Moderne, en 1987 il s’est vu confier la réalisation d’un plafond au Musée Picasso d’Antibes. Le Grand Prix National lui est décerné en 1992 pour l’ensemble de son œuvre. Son travail est exposé dans le monde entier (Tokyo, Pékin, Copenhague, Stockholm, Paris…)

D’ascendance bretonne et italienne, Paul Louis Rossi est né à Nantes Il a publié des récits, des essais ainsi que des romans. Mais il s’est aussi imposé par son œuvre poétique comme l’un des auteurs marquants de sa génération. Il a obtenu pour Faïences (Flammarion, 1995) le prix Mallarmé. Il a donné à nos éditions Inscapes (en collaboration avec le peintre François Dilasser, 1994), Élévation Enclume (avec des dessins de Gaston Planet, 1997), Les nuits de Romainville (1998) Colloque de nuit (2000) et La voyageuse immortelle (2001). Plus récemment il a publié Visage des nuits (Flammarion, 2005).

Jean-Michel Meurice & Paul Louis Rossi
Couleur pure
Beaux Arts
2006, 176 p., 16,2/23 cm — 32,00 Euros.
ISBN 2.86853.461.9 – Coédition Les Pérégrines.

En huit chapitres déclinant les thèmes importants de l’œuvre du peintre Jean-Michel Meurice, Paul Louis Rossi nous entraîne dans un voyage du signe à la valeur, parcourant le monde et les traces des civilisations anciennes dont les deux artistes, chacun à sa manière, nourrissent leurs œuvres. Créateur d’Arte et grand réalisateur — son œuvre documentaire a reçu en 1992, le Grand Prix National de la Création Audiovisuelle — il est aussi une figure marquante du groupe Support/Surface : il se caractérise par l’intensité colorée et l’atonalité des surfaces peintes, entièrement recouvertes par le pinceau de traces répétitives et parallèles sur des supports variés (films d’aluminium, rhodoïds, vinyls…) de très grand format. Son œuvre récente reste à découvrir, synthèse de toutes les étapes de cette recherche à la fois libre, indépendante et rigoureuse, arrivée aujourd’hui à une très grande maturité alliée à une grâce poétique et décorative qui relient l’art moderne le plus radical avec les grandes œuvres du passé.
« Meurice va alors exprimer une idée surprenante, celle de laisser la couleur accomplir elle-même sa propre destinée. J’en ai parlé déjà, la peinture serait comme une tache que l’on verrait se développer sur un buvard, qui d’elle-même trouverait sa forme et son expression.

Jean-Michel va résumer lui-même sa proposition dans une lettre à Danièle Giraudy :

La sculpture est un fait naturel, je veux dire, elle participe naturellement au monde, elle est objective. La peinture au contraire est avant tout cosa mentale. Elle n’est pas du tout naturelle. Elle est une volonté.


La peinture serait donc la matérialisation de cette cosa mentale. Le surprenant est que le peintre, comme les artistes chinois qui sont évoqués dans le propos, semble assister lui-même à la naissance de cette vision mentale. Comme si elle se réalisait miraculeusement devant ses yeux. Évidemment, cela ne peut se produire qu’à la fin d’une véritable ascèse, dans une forme intégrée du raffinement et de la virtuosité. Chacun le sait, il faut l’espace de la méditation pour que le geste trouve en un instant sa place et sa signification rapide.»


« Nous pourrions résumer cette impression par un aphorisme du poète Pierre Reverdy : S’efforcer de ne rien faire quelque chose. A ce propos, dans l’art de la peinture, Jean-Michel Meurice exprimera un désir analogue :

Peindre en aveugle quelque chose que je prévois.

J’ai pensé aux musiciens classiques qui parlent du Sensa Battuta, c’est à dire l’expression de la musique hors la mesure. Comme Arthur Rubinstein qui disait en fumant son cigare : Je n’ai pas toujours joué toutes les notes, mais je n’ai jamais trahi la musique. La séparation entre le travail, entre l’effort artistique et sa réalisation rapide et comme spontanée, est probablement le point aveugle et mystérieux de la création artistique. Celui qui s’en est approché, ne serait-ce qu’une fois, peut enfin contempler, comme Jean-Michel Meurice aujourd’hui, les réalisations de son Opera. »