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Parution Juin 2009
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| Pierre-Jean Amar Le coffre-fort de ma mère Texte et photographies. Propos recueillis par Georges Monti. 80 p., 16,5 /24. Juin 2009. ISBN 978.2.86853.521.4 22,00 Euros |
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| Tirage de tête : 30 ex. numérotés, accompagnés d'une photographie originale signée par l'auteur 125,00 euros |
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| Pierre-Jean Amar, fils unique dune famille juive algéroise, orphelin de père à quinze ans, sera jusquà lâge adulte prisonnier dune mère malade et autoritaire, extraordinairement abusive. De cette jeunesse confisquée, doù il ressort une funeste impression de mort dans la vie, naîtra un goût pour lart et un besoin dexpression que la pratique de la photographie allait combler. Cest donc naturellement par ce moyen quil a fait, en fixant divers objets de lappartement où il vivait près delle ( larmoire à pharmacie débordant de remèdes, le placard à vaisselle, le lit, la table de nuit... et jusquau coffre-fort tellement symbolique de son enfermement ) une manière de portrait par contumace de cette mère aimée autant quhaïe, et un autoportrait par ricochet. Cette tentative autobiographique dont le lecteur saisit forcémentla dimension dexorcisme le mettra dans une position positivement inconfortable : celle davoir à reconnaître dans cet étrange cas de possession les marques les plus banales de lamour et de la vie ordinaire. |
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| «Lorsque Pierre-Jean Amar me montra cette série de sobres photographies, contenue dans une enveloppe portant la mention, également sobre, « Ma mère », je ressentis un trouble étrange. Pour en atténuer la gêne peut-être, je mempressai de lui demander ce quil avait voulu faire, ou dire. En guise de réponse, jobtins le récit ( résumé à lextrême, évidemment ) de sa vie auprès de cette mère dont je croyais deviner, par les images, un portrait à charge quoique dune sévérité très contenue, peut-être même contredite par une tendresse un peu triste. La narration que me fit Pierre-Jean Amar, ce jour-là, sur un ton presque neutre sinon totalement détaché, me frappa si fort que je lui demandai la permission de linterroger plus en détail. Il répondit à mes questions, quelque temps plus tard, malgré sa répugnance à écrire lui-même cette histoire douloureuse qui le fonde, et dont il me livra cependant volontiers la substance sans jamais se délivrer complètement dois-je le dire ? dune réserve inspirée par la pudeur ou par la crainte. Nous sommes loin, en effet, avec cette mère juive, de la « sainte sentinelle » pétrie dabnégation et dindulgence, vénérée par laimable Albert Cohen. Presque aussi loin de cette autre mère juive abhorrée par Albert Caraco latrabilaire qui, rejetant sa génitrice avec lensemble de la gent féminine, ne parvint pas à apaiser ses tourments dans ses hautaines imprécations : « Telles sont les mères, qui font les hommes puis les perdent » ne saurait être lexergue de cet ouvrage.» Celle-ci qui ninspire pas plus lattendrissement que la chaude détestation nous imposerait plutôt une sorte deffroi, assez semblable en somme, malgré la distance de temps et de situation, à celui que jai perçu chez celui qui ma conté son histoire. Cest pourquoi, dans le texte qui suit, je nai fait quordonner et transcrire ses propos, de sorte quon peut dire que, malgré lusage de la troisième personne, cest lui qui tient la plume.» G. M. |
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| «Au moment où elle a dû quitter lAlgérie, quelques mois avant lindépendance, la famille Amar vivait aux abords de Bab-el-Oued. Le père, important courtier en cuir, avait ses bureaux à deux pas de la place du Gouvernement, au cur dAlger. Sa femme et lui descendaient de deux familles de la diaspora juive espagnole installées au Maghreb depuis le XVIème siècle mais de conditions assez disparates. Georges Amar, prototype du Juif pied-noir, est issu des milieux pauvres de la Casbah. Il appartient à ce « lumpen prolétariat » intimement lié aux musulmans les plus humbles de la ville. Il parle donc larabe couramment dès son enfance et commence à travailler à lâge de douze ans. Plus tard, après une rapide ascension sociale, il épousera Andrée, fille de la grande bourgeoisie juive algéroise, quil a connue lorsquelle avait quinze ans.» |
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| « Larrière-grand-père paternel dAndrée avait été le barbier du dey dAlger dans les années 1830, son père Jules était médecin depuis 1902, et sa mère Nadine, épousée à lâge de dix-huit ans, chanteuse dopéra. Chez ces Verdurin séfarades, on donne concert et on tient salon littéraire. Depuis des générations, les portraits de famille sont exécutés par les peintres des cours royales européennes. Lélia, unique sur dAndrée et de deux ans son aînée, fait de brillantes études et devient, en 1927, la première femme avocate inscrite au barreau dAlger. Quelques semaines plus tard, on la 10 retrouve morte au pied de lhôtel où elle vient de passer sa nuit de noces. En mars 1928, un an après ce drame inexpliqué, Andrée passe outre aux injonctions de ses parents en épousant le jeune homme pauvre de la Casbah rencontré dix ans plus tôt et devenu entre-temps directeur dune tannerie. Ils lui reprocheront toute leur vie cette mésalliance quelle osa leur imposer.» |
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| Le père, dans la tradition orientale, soccupe du marché et achète chaque jour ce qui est nécessaire à la vie de la maisonnée. Il se rend Square Bresson tous les matins à huit heures, eectue chez des commerçants connus de longue date ses achats quil fait acheminer jusque chez lui par les enfants maghrébins qui gagnent quelques sous sur les marchés en portant les « couffns » et en les montant dans les appartements. Il se rend ensuite à son bureau tout proche, relié à la maison par une ligne téléphonique directe : ainsi la mère peut-elle appeler son mari à tout instant, ce dont elle ne se prive pas. Ce luxe offert, ce confort, nest-ce pas aussi la question se pose la plus agréable manière qua trouvée cet homme bien intentionné de tenir en sa dépendance une épouse aimante, qui se consacre sans question à la bonne marche de sa maison, aidée dans sa tâche par une cuisinière espagnole quelle a formée et par une ou deux employées de maison ? Une façon de lasservir, en laimant en retour, cest-à-dire en la comblant dattentions, en la couvrant de cadeaux, en la protégeant du monde extérieur, en la dispensant de toute responsabilité ?{...} Lavenir, il est vrai, nétait que partiellement prévisible : après le départ définitif dAlger en 1961 et linstallation à Marseille, Georges Amar mourra dune crise cardiaque en 1962, sous les yeux de sa femme et de son fils, pour lesquels la vie va seffondrer dun coup en les plongeant dans une relation exclusive et profondément malheureuse.» |
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| «Pour des raisons financières autant que pour meubler sa solitude, Andrée a bien tenté, brièvement, de reprendre les aaires de son mari défunt, mais sans succès. Séparée, comme nombre de rapatriés, de leurs relations amicales, presque sans parents, à peu près à labri du besoin mais désuvrée, linconsolable veuve naura plus dautre projet que de confisquer à son profit lexistence de son garçon. Il devient dès lors le centre de son univers affectif, à la fois fils et image de lamour perdu. Cest alors quelle sombre dans une troisième dépression qui ne sachèvera quavec sa mort. Âgé de moins de quinze ans, lenfant unique va devoir prendre en charge sa mère défaillante » |
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