Parution Juillet 2005



Né en 1944, Paol Keineg s’est fait connaître en Bretagne comme le plus jeune des 17 membres fondateurs de l’Union Démocratique Bretonne (UDB) avant d’être désigné, avec Le poème du pays qui a faim (1967), comme le chef de file de la jeune littérature bretonne. Dénonçant une province colonisée, dans un esprit qu’on a pu rapprocher de celui d’Aimé Césaire, il accompagna par ses textes pendant plusieurs années les révoltes populaires de son pays, avant de s’éloigner et de travailler à une œuvre moins explicitement militante. Vivant aujourd’hui aux États-Unis, également dramaturge et traducteur de l’américain, le poète n’y a rien perdu de sa farouche détermination : ses derniers livres, au style puissant et rude, comme à jamais insurrectionnel, en portent la marque impressionante. Il a publié entre autres : Chroniques et croquis des villages verrouillés (P.-J. Oswald, 1971), Lieux communs suivi de Dahut (Gallimard, 1974), Oiseaux de Bretagne, oiseaux d'Amérique (Obsidiane, 1984) Terre lointaine (Apogée, 2004)

Paol Keineg
Là, et pas là

Poèmes. Avec une postface de Marc Le Gros
160 p. 14/19.
2005. ISBN 2.86853.440.6
17,00 Euros
Coédition Lettres sur Cour

« Du dieu des batailles, rien à dire. De son odeur forte, de sa croupe d’athlète qui peine, rien à dire. De ses trafics, provinces et doubles, rien à dire. De ses petits bien mis, au premier rang, rien à dire. De leurs joies, de leurs rires, rien à dire. De leurs jeux, de leur goût exquis, de leur esprit de géométrie, rien à dire. De leur habileté, politesse, brillantes études, rien à dire. Des petits de ses petits, rien à dire. De leurs écrans et claviers, des images qui font merveille, rien à dire. Cours normal, code pénal, rien à dire. Des beaux chefs, tables rondes, règles non écrites, rien à dire. De leur pays devant la loi, de la poursuite du bonheur, des frontières naturelles, rien à dire. De la marge, du rebord, du défaut, rien à dire. De nos dieux à maillet, de nos obscures narrations, rien à dire. »
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Argument contre la vérité. Les herbes là-bas, sous la fenêtre, où l'on jetait les pots cassés. Du mur, il est resté les ailes et l'ombre, qui n'ont pas le pouvoir d'apaiser.

Mille hectares de crise de nerfs. C'est un gros travail d'avoir renoncé à la tragédie. Dans l'état où l'on est, à genoux dans les choux.

La planche à poèmes est dressée entre l'abattoir et le transformateur. Le mouton dont on a retiré la peau fume.

Le bruit de ma peau sur le papier. La langue sans nom écrivant son nom. Matin de vieilles habitudes, et moi de peu qui ne fais pas de bruit. Un chien, deux chiens. Je mords, épris.

Cochons de visionnaires, il vous faut des millions de porcs, la clameur des poulets en batteries. À chacun sa patrie. La mienne m'accompagne en boitant, complétement foutue. Loué soit son saint nom.