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Parution Janvier 2006
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Photo Marc Deneyer
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| Geogres Bonnet Les yeux des chiens ont toujours soif Récit Janvier 2006, 144 p., 14/19 cm 16,00 Euros. ISBN 2.86853.444.9 |
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| C'est avec une grande économie de moyens et une pudeur exemplaire, suivant à petits pas les personnages de son récit, que Georges Bonnet nous relate la rencontre dÉmile et Louise, septuagénaires jusqualors solitaires et confinés entre appartement, jardin public et cimetière, mais finalement sujets aux plus intenses débordements du cur. Cest grâce à un art dénué de tout artifice, comme puisé à lémotion même, quil sait rendre palpitante la plus partagée des banalités et tenir le lecteur en haleine. Car ces êtres auxquels il ne doit, en principe, plus rien arriver sont vulnérables à lamour, à ses joies comme à ses peines, quand même il ne leur viendrait pas à lesprit de nommer le sentiment qui les traverse et les rend à la vie. |
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| « Octobre touchait à sa fin. Après une longue promenade à travers la ville, jai pressé le pas à lapproche de la cathédrale. Les fins daprès-midi sont pour moi des moments privilégiés. Les choses se transforment, changent de couleur, prennent une nouvelle vie avant la nuit, au seuil dun mystérieux voyage. Le quartier est bourgeois et calme. Assombries par des jardins profonds, les hautes demeures sont protégées par des grilles aux pointes menaçantes. On pouvait déceler à travers les frondaisons darbres souvent centenaires, des bruits de pas et, tout au fond, sur de somptueuses façades le frémissement des feuilles. Au milieu de massifs parfaitement disciplinés, les fleurs les plus claires simposaient en des clartés tranquilles. On allumait un peu partout les lampes, on fermait les volets. Une longue limousine, veilleuses allumées, a glissé silencieusement sur les graviers dune allée, dévoilant sur une terrasse des chaises de fer finement travaillé, un escalier de pierre aux marches intimidantes. Il était facile dimaginer en ces lieux naguère, chevaux et calèches, domestiques en livrée, et derrière les lourds rideaux un silence de riches. Le boulevard franchi, jai emprunté des rues tortueuses qui me sont familières. Place Saint-Simplicien, sous un lampadaire qui venait de sallumer, jai croisé une femme en vêtements de deuil. Elle marchait les yeux baissés et na pas paru me voir. Des larmes coulaient sur son visage. Elle serrait un chat contre sa poitrine. Au mois davril suivant, il ma bien semblé reconnaître cette femme, assise au parc municipal, sur un des bancs à claire-voie qui entourent le jet deau. De petite taille, plutôt fluette, elle pouvait avoir une soixantaine dannées. Touchante avec son chapeau démodé, son corsage orné dune dentelle, ses bas de coton noir, elle sintégrait parfaitement au paysage vieillot du parc.» |
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