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Parution Janvier 2010
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| Marie-Claude Roulet Luisa Roman Janvier 2010, 96 p., 14/19 cm 15,00 Euros. ISBN 978.2.86853.530.6 |
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| La liberté selon Camille effraie Luisa, elle signifie linconnu, le gouffre blanc, cette angoisse qui la fait se vider nimporte où, sans doute pour être plus légère, inconsistante, transparente. Comment dire à Camille quelle aime ça, servir, et non pas être serveuse comme au café mais servante ; que le contentement sur le visage dAlice la bouleverse, que les demandes dÉtienne lexaltent autant que la lumière du matin sur les monts Gabilans et que cest un tout, quon ne lui a jamais donné une dimension pareille au collège ni au village, ni même au café, sa propre maison. » Lattachante Luisa, la lumineuse jeune femme qui comprend tout avant tout le monde, à laquelle sa mère a trouvé une place au « château » où elle est arrivée comme à Thornfield Hall, un exemplaire de Jane Eyre caché dans son sac, va trouver là sa place, sereine et libre auprès d« un maître incontesté, plus silencieux encore que la vieille femme dont il est le fils », écrivant en pensée les pages du livre de sa vie dont elle deviendra peu à peu lauteur souverain.
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| Le car sest arrêté au sommet de la côte. Luisa repère labribus sommaire quatre piquets soutenant un toit de tôle appuyé contre un arbre et elle avance vers la porte en poussant du genou son sac trop lourd. Ça fait un bon moment quelle est seule dans ce car et que le rétroviseur lui renvoie le regard noyé du chauffeur. Pas trop tôt quelle descende, elle nen peut plus dêtre ainsi dévisagée, sans fuite possible. Elle toussaute pour séclaircir la voix, « Au revoir », un grognement vague lui répond et la porte se referme avec un claquement définitif. Son cur se serre à lui faire mal. Elle suit des yeux le car qui plonge entre deux murs de forêt noirâtres malgré le soleil de midi et elle lève un bras, lagite un peu à la façon dont on chasse machinalement un insecte importun, arrêtez-vous, attendez-moi, ne me laissez pas là toute seule dans ce paysage inconnu, pas toute seule ! Au bas de la pente, le car disparaît dun coup et son bras retombe. « Il faudrait savoir ce que tu veux, ma fille ! Est-ce que tu sais seulement ce que tu veux ? Jamais su ce quelle voulait, Luisa. Trop difficile de choisir, trop compliqué de refuser sans déchaîner les foudres du ciel. Elle dit oui à tout pour avoir la paix, pour entendre à nouveau les mots de la petite enfance, « Cest bien Luisa, tu es une bonne fille ». Disait cela la vieille demoiselle qui faisait le catéchisme ; et linstitutrice aussi, dès le printemps, quand les récréations se passaient à désherber son jardin. Tattendras sous labribus, a dit la mère. Étienne a dit quil enverrait quelquun te chercher, tauras quà attendre. Ten vas pas traîner autour, hein, tattends cest tout ! Cest pas compliqué dattendre ! |
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