Parution Janvier 2007
 

 

Jacques Chauviré est né en 1915 près de Lyon où il a fait ses études. Il a été médecin généraliste pendant quarante ans à Neuville-sur-Saône où il est mort en 2005. En littérature, il fut l'ami de Jean Reverzy (qui avait été son condisciple), de Claude Roy et d'Albert camus (qui fit publier en 1958 son premier livre, Partage de la soif — réédité en 2000 par Le Dilettante.
Auteur de cinq autres romans publiés initialement par Gallimard : Les passants (réédité en 2001 par Le Dilettante), La terre et la guerre, La confession d'hiver, Passage des émigrants (réédité en 2003 par Le Dilettante), Les mouettes sur la Saône (réédité en 2004 par Le temps qu'il fait), et de deux recueils de nouvelles : Rurales (avec des illustrations de Jacques Truphémus, Maison du Livre de Pérouges, 1983) et Fins de journées (Le Dilettante, 1990).
Nos éditions ont fait paraître en 2003 son ultime récit, Élisa, ainsi que l'année suivante, son Journal d'un médecin de campagne, demeuré inédit jusqu'alors et un recueil de nouvelles Massacre en septembre (2006)

Jacques Chauviré
La confession d'hiver
Roman.
Janvier 2007. 160 p., 15/22 cm. — 20,00 Euros.
ISBN 978.2.86853.472.9

« Un médecin, dans une petite ville de provine devenue banlieue industrielle, confie à un journaliste les circonstances qui l'ont conduit, quelques années auparavant, devant la justice pour non-assistance à personne en danger et détaille la façon dont il a traversé cette épreuve dans la quasi-indifférence, autrement préoccupé par une faute bien plus grande à ses yeux, commise vis-à-vis du marinier Thieberghen auquel le lie une étrange amitié. Deux faits-divers entremêlés sont ici l'occasion d'une poignante confession sur les doutes et les périls auxquels ne sauraient échapper un médecin scrupuleux, incertain de son rôle et de son pouvoir. Homme démuni, le plus souvent seul face à lui-même, sceptique et profondément étranger à la petite bourgeoisie à laquelle il est censé appartenir, il observe tout au long de ce récit crépusculaire le vol des mouettes sur la rivière comme si elles abritaient les âmes errantes de son inquiétude.
«Ecoutez ! Les voitures défilent sur le quai, sous nos fenêtres. Comme tous ces ouvriers sont pressés de rentrer chez eux ! Je les comprends. Pourtant, demain sera un jour pareil à celui qui s'achève. La boue neigeuse gicle sous les roues. Quelle pétarade ! Cela va durer une dizaine de minutes puis tout retombera dans le silence. Tout au moins je l'espère. Nous n'entendrons plus alors que les pas de Joseph Thys, le marinier; ses galoches heurteront le pont métallique de sa péniche, la Mouette. Il en gagnera la proue avec lenteur et retirera la planche qui, durant le jour, a uni son bateau à la terre. Le bois raclera la tôle. Quelques instants plus tard, il éteindra sa lampe et les lueurs de sa cabine cesserons de se refléter sur l'eau noire de la belle et large rivière.Nous n'apercevrons plus alors que l'enseigne lumineuse du restaurant Lucullus qui mirera ses lettres couleur de sang sur la surface polie et dormante. Mais oui, couleur de sang, cher monsieur ! N'en doutez pas ! Et pourtant, il est vrai que les noyés sont exsangues.
La Mouette ! Je vous dirai pourquoi le nom de cet oiseau funèbre a pénétré ma vie. Dieu merci, ces oiseaux blancs et cendrés, dont cette péniche porte le nom, ont pour un temps déserté nos rivages et disparu du ciel. À cette heure, ils dorment. Mais où ? Nul ne le sait. Demain matin, ils reprendront leur ronde. Les mouettes ! Elles tournent, inlassables, tout au long de ces journées d'hiver. Chaque année elles prolongent leur séjour davantage et deviennent plus pressantes. Et il y a plus de vingt ans que j'assiste à leur manège ! D'octobre à mai, ce vol blême ! Je vous assure qu'il me fatigue. »