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Parution Janvier 2010
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Léon Tolstoï
Le Père Serge Roman traduit du russe par J.-W. Bienstock et précédé de Lhomme qui voulut être saint de Jil Silberstein. Janvier 2010, collection Corps neuf. 96 p., 12/18 cm. 8,00 Euros. ISBN 978.2.86853.531.3 Code Sodis : 7206223 |
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Lindividu « animé dun immense amour-propre », dont le but est d« atteindre la perfection et le succès dans toutes les entreprises, et dobtenir ainsi ladmiration et les louanges de son entourage », cet individu-là, brusquement contrarié dans son élan par un détail qui linsupporte, peut-il, tournant le dos au monde, se consacrer à Dieu ? Ou bien, pour être plus précis : si la décision dun tel être se trouve motivée par le désir de montrer à tous son mépris, se peut-il que, libérant alors une religiosité jusque-là étouffée par son orgueil, il se délivre de la pesanteur grâce à la soumission aux règles monastiques et ascétiques ? Telle est, brièvement exposée, la problématique du Père Serge.
Cette nouvelle qui, pour être souvent passée inaperçue dans luvre de Tolstoï, nen constitue pas moins, en même temps que son écrit le plus serré, le plus fondamental, une parabole à la fois violente, sobre et universelle digne de prendre place parmi les grands témoignages spirituels. |
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«Dans la décade des années 40, il arriva à Pétersbourg un événement qui étonna tout le monde : le commandant du régiment des cuirassiers de lempereur, le beau prince à qui tous prédisaient quil serait laide de camp de lempereur Nicolas Ier, et que la carrière la plus brillante lattendait près de Sa Majesté, un mois avant la date fixée pour son mariage avec une demoiselle dhonneur, jeune fille dune beauté remarquable, et qui jouissait de la faveur particulière de limpératrice, donnait sa démission, rompait avec sa fiancée, faisait don de sa petite propriété à sa sur, et se retirait au couvent dans lintention de se faire moine.
Cet événement paraissait extraordinaire, inexplicable, pour qui nen connaissait pas les raisons intimes. Mais pour le prince Stepan Kassatzky tout cela était arrivé si naturellement quil ne pouvait même se représenter comment il aurait pu agir autrement. Quand son père, colonel de la garde en retraite, mourut, il navait encore que douze ans. Quelque pénible quil fût pour sa mère de ne pas garder son fils près delle, elle ne crut pas devoir enfreindre la volonté de son défunt mari, qui avait recommandé, en cas de sa mort, de ne pas garder son fils à la maison, mais de lenvoyer au Corps des Cadets. Et elle ly envoya. Quant à la veuve, elle se rendit à Pétersbourg avec sa fille Varvara, afin de vivre là où était son fils et de lavoir près delle les jours de sortie. Lenfant était brillamment doué et avait beaucoup damour-propre, aussi était-il le premier en tout, surtout en mathématiques, pour lesquelles il avait des dispositions particulières, ainsi que pour les exercices militaires et léquitation. Malgré sa taille bien au-dessus de la moyenne, il était beau et agile. Outre cela, par sa conduite, il eût été un élève modèle, sil navait eu contre lui son emportement. Il ne buvait pas, ne faisait pas la noce, et était remarquablement loyal. La seule chose qui lempêchait dêtre un modèle tout à fait parfait, cétaient les accès de colère qui le prenaient par moments, et au cours desquels il perdait complètement possession de soi-même et devenait une véritable brute. Une fois, il avait failli jeter par la fenêtre un cadet qui sétait moqué de sa collection de minéraux. Une autre fois il se jeta sur un officier, et on disait quil lavait frappé, parce que celui-ci niait ses propres paroles et disait un mensonge. Il eût été sûrement dégradé si le Directeur du Corps navait étouffé laffaire et renvoyé lofficier. À dix-huit ans, il sortit officier et entra dans le régiment aristocratique de la garde. Lempereur Nicolas Pavlovitch lavait vu quand il était au Corps, et le distingua au régiment ; de sorte quon lui prédisait quil deviendrait aide de camp de lempereur. Et Kassatzky le désirait fortement, non seulement par ambition, mais parce que, encore du temps quil était au Corps, il aimait passionnément, précisément passionnément, lempereur Nicolas. |
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