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Parution Janvier 2005
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| Joseph Delteil L'homme coupé en morceaux Chroniques Janvier 2005, 232 p., 14/19 cm 22,00 Euros. ISBN 2.86853.420.1 |
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| « Billets dhumeur, anecdotes, récits pris sur le vif, choses vues, rêveries sensuelles sur celles quon na pas vues, pamphlets express et satires dans tous les coins : telles sont les proses que Delteil sème ici et là, avec des enthousiasmes immenses et daussi grandes détestations. L'époque n'est pas tiède, il est vrai, comparée à la nôtre volontiers donneuse de leçons à tous ceux qui dans le passé ne pensaient pas correctement, qui ne pensaient pas comme nous, nous qui savons. Delteil a le cur bleu, comme le bleu des uniformes des Poilus en 14, qui en faisait des cibles idéales. Delteil est à contre-pied, toujours, ne reculant devant aucune naïveté, ou bien maniant avec délectation le second degré et la phrase assassine. Ses sujets de cur, ses sujets de prédilection, si l'on en fait le compte, ce sont quand même ses amis, ses coup de foudre. Notre écrivain aime admirer, et il le fait bruyamment, fût-ce par écrit. |
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Max Jacob et Dieu
«La première fois que Max Jacob me fit l'honneur de m'écrire, ce fut pour me promettre les flammes de l'Enfer. Bigre ! Moi, j'adore cela, non pas les flammes, mais la façon de les promettre. Il va sans dire que je n'en ai pas autant à son service. Mais, je ne sais pourquoi, il me semble que, dans la vallée de Josaphat, Dieu se montrera particulièrement sévère pour l'auteur du Terrain Bouchaballe. Max Jacob n'a rien du converti. Si je ne craignais de faire montre d'irrespect, j'avouerais qu'il me donne l'impression d'un enfant qui fait des niches au Seigneur. Le tout sans mauvaise foi, sinon sans malice. Si j'étais Dieu, mais je ne le suis pas, je lui interdirais l'analyse. Il dissocie l'eau bénite en ses deux éléments, O et H, et, du coup, il démontre l'absence de la bénédiction. C'est très grave. Je sais bien qu'il y a ce cloître ! Je veux noter toutefois, sans aucune tournure péjorative, que c'est un cloître au bord de la Loire. Il est à craindre que Dieu voie la Loire et pas le cloître. Jésus me garde d'insinuer le moindre doute sur la sincérité de Max Jacob. Il a une sincérité terrible mais fine. La finesse, en religion, est une arme mortelle. Max Jacob est charmant comme Mademoiselle de la Vallière. On imagine mal, sous les belles boucles de l'Eve royale, sous le front clair à cervelle canari, les instruments de torture. Et cependant, un cilice de poil sur la peau rose, au-dessous des seins, quelle longue délectation morose ! Max Jacob, s'il se livre aux douceurs de la pénitence, c'est d'une âme légère, et sans complications. François Mauriac et Max Jacob : quelles dissemblances ! En vérité, je vous le dis, j'ai peur que Dieu soit sévère pour Max Jacob, si indulgent pour Mauriac. J'imagine qu'au jour du Jugement dernier, Max Jacob se présentera devant le Juge en dissimulant le plus possible ses vertus. Frais et rose, ce saint aura l'air d'un pécheur. Et les flammes de l'Enfer Mais j'ai beau faire, je ne parviens pas à fourrer Max Jacob en Enfer sinon dans un Enfer spécial, calme et malin, au bord de la Loire. » Le Disque Vert, novembre 1923 (Numéro consacré à Max Jacob) Mon carnet de vacances D'abord, voici le cri des hirondelles. J'en ai quatre nids à ma fenêtre, sous l'auvent de tuile. Les gentilles polissonnes n'ont aucun scrupule à fienter par les vitres, et la ménagère, parfois, te les voue à tous les diables. Mais moi, quand encore à demi ensommeillé, sur les quatre ou cinq heures du matin, je les entends qui chahutent, piaillent et se chamaillent se disputent-elles le premier rayon du soleil ? je les bénis et je leur souris aux anges. Le premier jour surtout, comme si en mon honneur elles avaient fait gorge neuve, elles sont intarissables : " Il est arrivé ! Il est arrivé ! ", disent-elles à la lettre. Elles sont si proches, si proches qu'elles sont dans mes oreilles, bien sûr ! Elles et toute leur marmaille Elles me disent que je suis vraiment en vacances, que c'est fini les sales besognes de la société et du devenir, et qu'ici sous leur aile je puis enfin dormir et rêver tranquille et faire la planche sur l'instinct Elles me souhaitent le bonjour au seuil de l'azur » LIntransigeant (19 août 1930) |
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