Parution Janvier 2005

 

Dominique Hérody est né le 3 mars 1957 à Clermont-Ferrand (où il n'a vécu que le temps d'apprendre à marcher; quant à lire et à écrire, ce sera sur les bords de la Marne). D'abord auteur de bandes dessinées, c'est la fondation du Paresseux en 1993, avec des amis, qui le convainc d'écrire sans dessiner. Il y publie une dizaine de textes et parfois des dessins accompagnant les écrits des autres. Il a publié avec Lewis Trondheim une bande dessinée intitulée Farniente (L'association, 2002). En sa compagnie, son premier livre d'écrivain a été publié à nos éditions en 2002.
Les 203 textes du présent ouvrage font écho aux 203 dessins parus précédemment dans Tête à tête, aux audacieuses éditions de L'An 2.

Dominique Hérody
203
Proses
Janvier 2005, 128 p., 14/19 cm — 15,00 Euros.
ISBN 2.86853.419.8

« Ce n'est pas à chaque fois qu'elle me proposait de rester. Sinon je n'insistais pas, me forçant à l'impassibilité — et non pas à l'indifférence. La première fois, c'est-à-dire le lendemain de “ la première fois ”, j'étais reparti à vélo en oubliant que ma monture n'avait pas une idée très exacte du chemin à suivre, et, dans ce cas-là, ces engins ont une propension à tourner en rond (en souvenir des épreuves des six-jours). J'ai dû passer devant chez elle une centaine de fois avant que nous soyons expulsés de notre orbite par un étrange phénomène cosmique : elle avait éteint la lumière.»
Ces 203 saynettes et portraits prennent parfois l'allure de véritables récits (en miniature) et ouvrent souvent sur un vertige, souriant ou sombre, jamais pesant. Ils confirment la remarquable fantaisie de l'auteur dont l'art — qu'on pourrait comparer, dans un autre genre, à celui d'un Buster Keaton — consiste à faire miroiter la réalité des relations entre les êtres de reflets drôles et mélancoliques tout ensemble. Ceux de la vie même, peut-être.
« — Dans la peinture, on est encore jeune à cinquante ans. Je débute. Nadège est mon modèle unique. Sa pudeur me remplit d'aise, elle m'aide à peindre sa véritable nature. Ce ne sont pas ses seins ou ses fesses qui m'intéressent — en tout cas pas pour peindre. Ce sont des mots, j'en conviens, mais parfois on les retrouve dans les catalogues. Je n'en suis pas là !


Il me regarde, c'est tout. Quand il peint, bien sûr. Ça fait un peu Montparnasse 1930. D'ailleurs je l'appelle Moïse quand il reste à distance, celle de l'artiste; je ne me rappelle pas tous les autres noms, quand on se rapproche et que lui aussi se déshabille, je les invente selon les circonstances. »