Parution Décembre 2006

*Willy Ronis est né en 1910 et fait ses débuts en 1936 pour Regards puis après la guerre il réalise de nombreux reportages pour des magazines comme Point de vue, Le Monde Illustré, l’Illustration. À partir de 1947, il photographie beaucoup à Paris et surtout dans le XXème arrondissement tout en travaillant pour la mode ou l’industrie. Il se considère comme un artisan « photographe sur le vif » où l’exercice consiste à « maîtriser le hasard ». De nombreuses expositions en France et à l’étranger ont jalonné le parcours de ce photographe parmi les plus grands depuis la première à la gare de l’est en 1936 Photos de neige dans les Vosges jusqu’à la grande rétrospective à la Mairie de Paris en 2005. Ses principales publications : Belleville, Ménilmontant (Arthaud, 1954), Sur le fil du hasard ( Contrejour, 1980) pour le lequel il a reçu le Prix Nadar, Mon Paris (Denoël, 1985), Paris éternellement (Hoebecke, 2005) et Instants dérobés (Taschen, 2005).
Michel Boujut est né à Jarnac en 1940. Il a été journaliste à la Télévision Suisse Romande, aux Nouvelles littéraires, à l’Événement du jeudi, puis producteur de l’émission de télévision Cinéma-Cinémas. Auteur de monographies consacrées aux cinéastes Wim Wenders et Claude Sautet, il poursuit une activité de critique de cinéma pour Charlie Hebdo pendant dix ans, et travaille régulièrement pour France Culture et France Inter depuis 1992. Il a publié, entre autres : Le jeune homme en colère (Arléa, 1998), Les jarnaqueurs (Baleine, 1998), Un ange passe (Flammarion, 2002) et Le fanatique qu’il faut être (Id., 2004), Vues rapprochées (Le temps qu’il fait 2005).

Willy Ronis
Paris-couleurs

80 photographies en couleurs.
Texte de Michel Boujut.

120 p. 21/25 cm.
2006. ISBN 2.86853.471.6
35,00 Euros
Tirage de tête : 100 ex. numérotés, accompagnés d'un tirage pigmentaire original justifié et signé par l'auteur — 500,00 euros

La découverte des photographies en couleurs de Willy Ronis sera à coup sûr une surprise pour beaucoup. Et c'est, de sa part, l'effet d'un don généreux que d'avoir bien voulu nous les donner à voir.
Ce maître du noir et blanc a donc photographié en couleurs dès 1955, dès l'apparition du Kodachrome, film diapositive à la chromie si particulière, et si peu sensible à la lumière qu'il aurait dû, logiquement, l'empêcher de faire, selon son style et son goût, des instantanés sur le fil du hasard, photos de rue, photos de foule, a fortiori photo de nuit... On verra qu'il n'en est rien et qu'il a su tirer le meilleur parti de la contrainte opposée à la spontanéité de son regard.
La couleur ici n'est en rien un prétexte, elle est une autre manière de voir, ni plus riche, ni moins libre : elle est une façon différente de traiter de la lumière — la grande affaire de la photographie —, une autre « métrique », pas même un autre langage. Et Paris est bien plus qu'un sujet : c'est le matériau de l'auteur qui s'émeut au spectacle de la vie ordinaire côtoyée chaque jour dans sa ville, la vie banale et souriante des Parisiens à laquelle il confère une profondeur puisée à son émotion-même. Car ce qu'il importe de noter c'est que le photographe a, par les moyens qui lui sont propres, poursuivi de questionner l'âme populaire en ses reflets gais ou mélancoliques, en ses images frivoles ou graves, qu'il a touché du doigt — ou de l'œil — la beauté palpitante et la tendresse bonhomme de ce peuple bigarré, qui sont les « débris et trésors » poétiques de la ville — que seul un grand artiste pouvait recueillir avec une telle constante bonté, en noir comme en couleurs.

 

« Que ressent-on devant les Kodachromes ici rassemblés qu’on ne ressentait pas devant les épures en noir et blanc ? Les décors sont les mêmes, jamais vides, propres à la rêverie des amoureux et des passants : rues, quais, ponts, fontaines, escaliers, terrasses, grands magasins, monuments, ligne des toits… Ici, c’est la nuit bleue, comme un voile de tulle enveloppant les Invalides, là une tache rouge posée sur une échoppe de la rue Tholozé. Ailleurs, la rue de Crimée sous un ciel d’orage. Instantanés, instants donnés. La vie y apparaît-elle avec plus de vérité ou moins de mélancolie ? Plus de distance ou moins de gravité ? Nous semble-t-elle plus anecdotique ou moins intemporelle ? C’est à ces questions que chacun répondra selon sa propre sensibilité. On se les était posées, il y a quelques années, lors de la présentation sur France 2 du film de montage intitulé Ils ont filmé la guerre en couleur, où des scènes « déjà vues » du débarquement et de la Libération de Paris, nous revenaient soudain comme neuves. Ce n’étaient plus des archives, mais des tranches de vie immédiate, avant que la mémoire ne s’en empare. »

Michel Boujut

« À comparer ces images à ma production en noir et blanc, je n'y trouve pas de différence fondamentale. L'usage de la couleur n'a pas généré pour moi une manière différente de traiter les sujets abordés. Dès mes premières images, mon centre d'intérêt fut la personne humaine dans ses comportements les plus communs. Rare exception, seule la couleur rouge vif du magasin me fit photographier ce coin de la rue Tholozé. J'ai pourtant dans les années soixante, abordé des sujets fort éloignés de mes préoccupations habituelles. Mais ce furent là des divertissements passagers, comme pour m'ébrouer, rien qui pût modifier mes occupations ordinaires, auxquelles je suis retouréné très vite, comme on retourne à la fontaine où l'on épanche régulièrement sa soif. »

Willy Ronis